Réalisé par : Chen Kaige
Avec : Leslie Cheung, Zhang Fengyi, Gong Li
Sur un scénario de : Li Pik Wah avec une musique de : Zhao Jiping
Genre : Drame
Film Chinois réalisé en 1993

 

 

Synopsis du film :
Le destin de deux acteurs de l'Opera de Pekin et d'une concubine de 1920 à 1970. Les cinquante années qui ont changé la Chine.

 
 

Analyse de film :

Critique :

Les jeunes Douzi, interprété par Leslie Cheung, et Shitou, interprété par Zhang Fengyi, se rencontrent dans la troupe d'opéra de Maître Guan où ils apprennent l'opéra Adieu ma Concubine, qu'ils interpréteront toute leur vie. Ils seront inséparables de 1924 jusqu'aux années 1970.
Leur maître est particulièrement sévère, c'est ainsi que l'on pense qu'on réussit dans la Chine du début du siècle. Shitou est entraîné à un rôle masculin alors que Douzi lui se voit orienté vers un rôle Dan, c'est à dire un rôle féminin. Ce dernier est perturbé par ceci et se trompe souvent dans sa récitation en disant « par nature je suis un garçon » au lieu de « par nature je suis une fille », ce qui lui vaut de nombreuses réprimandes.
Au fur et à mesure que le temps passe, les deux jeunes protagonistes deviennent inséparables aussi bien sur scène avec la pièce Adieu ma concubine qu'en dehors.
Adultes, ils deviennent des stars de l'Opéra.
On se rend compte, qu'à force de répéter qu'il est une femme, pendant son enfance, Douzi, dont le nom d'artiste est Cheng Dieyi est devenu sur le plan psychologique une femme. Il s'est identifié au personnage de Yu Ji, l'épouse du Roi de Chu, Xiang Yu, dans la pièce Adieu ma Concubine. On se rend vite compte qu'il est amoureux de Duan Xiaolou, nom d'ariste de Shitou.
Ce dernier considère Douzi comme son frère et va se marier avec une ancienne prostituée, Juxian, interprétée par Gong Li. Commence alors une relation complexe entre les trois personnages, une relation avec amour et jalousie.
Les bouleversements de la Chine, la guerre sino-japonaise puis l'occupation japonaise, l'arrivée des communistes au pouvoir et la Révolution culturelle, vont accentuer les allures dramatiques que prennent la vie des trois protagonistes.

Adieu ma concubine

Opéra traditionnel de Pékin

Le film est avant tout un superbe hommage à l'Opéra de Pékin. On découvre un art typique du pays, très codifié où rien n'est laissé au hasard. Par sa tenue, et son maquillage l'acteur devient le personnage que le public peut ainsi reconnaître immédiatement.
L'Opéra Adieu ma Concubine qui donne son titre au film est un des plus grands succès de Mei Lanfang, acteur de l'Opéra de Pékin, qui y jouait, le rôle féminin de Yu Qi, la favorite du roi de Chu, Xiang Yu. Le rôle féminin est joué par un homme, comme c'était le cas traditionnellement.
L'opéra Adieu ma Concubine nous conte le combat entre les rois de Chu et de Han. Les guerriers de Han se mettent à entonner des chants et font croire au peuple que Chu est vaincu. C'est la débandade, il ne reste au roi de Chu que sa Concubine Yu et son cheval. Celle-ci refuse de fuir, elle danse une dernière fois pour son époux, lui vole son épée et se donne la mort en se tranchant la gorge.

Le rôle féminin de Yu, la concubine, est joué par Dieyi, nom de scène de Douzi alors que le rôle du roi de Chu est joué par Xiaolou, nom de scène de Shitou.

Le début du film n'est pas tendre avec la société chinoise où la liberté est bannie, cette société qui considère qu'on ne peut réussir qu'avec des sacrifices et de la sévérité. Les jeunes comédiens endureront de nombreux sacrifices pour devenir comme leurs idoles qu'ils ont rencontré au gré d'une petite fugue.
Cette enfance, dure, aura pour effet de renforcer leurs liens et leur amitié qu'on pourra rapprocher à leurs rôles à l'opéra.
Le personnage de Douzi, va devenir prisonnier du rôle pour lequel on l'a préparé dès son enfance. Il s'est convaincu qu'il est une femme à force de répéter cette phrase à la demande de son maître.

Les bouleversements du pays : de la guerre sino-japonaise au communisme

Au début du film, Douzi et Shitou vivent dans l'ancienne société qui prône la souffrance comme seul moyen de réussite. Le pays va connaître de nombreux changements, après l'occupation japonaise, suivront le communisme et la Révolution culturelle qui seront les causes majeures de leur propre déchéance et de celle de leur art. En effet ce nouvel ordre politique entraînera la disparition des vestiges de l'ancienne société. Ceci nous est montré avec les scènes où l'élève de Douzi se rebelle contre les mauvais traitements au nom du communisme et auparavant quand Douzi et Shitou reviennent à la rencontre de leur ancien maître.
Ces changements de la société sont en permanence présent à l'arrière plan mais agissent aussi sur les personnages.
Si le film est un film historique, il faut comprendre que Chen Kaige critique avant tout le présent, cette société qui n'a en réalité pas changé et qui bannie toute liberté.
La scène du procès est d'ailleurs très critique. Cheng, Duan et Juxian sont humiliés, acculés derrière un mur de feu allumé par de jeunes Maoïstes. S'ils ne se renient pas mutuellement, ils risques le lynchage. Cette scène est magnifiquement tournée, l'atmosphère est pesante, étouffante. Et Chen Kaige nous réserve une surprise, en nous révélant la lâcheté de Duan qui va renier son meilleur ami et sa femme, provoquant le suicide de Juxian et la mort affective de Cheng.
Par cette scène, Chen Kaige dénonce les arrestations arbitraires effectuées dans un contexte politique fort par cette Chine ravagée par le communisme. Chen Kaige n'hésite pas ainsi à critiquer ce régime totalitaire et ce, alors que le pays est encore entre les mains du parti. Quel courage !

Adieu ma concubine

Homosexualité

Le thème de l'homosexualité est évidemment présent avec le personnage de Douzi, interprété par Leslie Cheung, qui joue le rôle de la concubine et est amoureux de son partenaire.
On peut y voir une critique de la société chinoise qui a matraqué l'esprit du jeune acteur, en lui faisant répéter qu'il était une femme, et qui en est devenue réellement une au final.
Pour autant, sans doute pour ne pas choquer, le réalisateur n'osera rentrer en plein dans ce thème. Il reste timide dans l'évocation de la passion homosexuelle que porte Douzi pour Shitou. Jamais nous n'aurons de confrontation à ce sujet entre les deux protagonistes, le réalisateur préférera confronter Douzi à la femme de son ami, Juxian, qui elle n'est pas aussi dupe que son mari.

Adieu ma concubine

Conclusion

Adieu ma Concubine est sans doute le chef-d'œuvre de Chen Kaige, faisant de lui un des plus grands réalisateurs chinois de l'histoire.
Tout est maîtrisé, la mise en scène est parfaite, les plans sont soignés, mais ce qui reste le summum du film, c'est l'interprétation des acteurs, d'une justesse rarement égalée.
Leslie Cheung, sans doute un des acteurs les plus talentueux de sa génération, est phénoménale dans le rôle de ce personnage tourmenté qui semble parfois courageux et parfois fragile.
Zhang Fenyi semble plus ouvert d'esprit, il désire juste avoir une vie paisible avec la femme qu'il aime mais n'hésitera pas à nier ses sentiments par peur de représailles.
Gong Li joue un rôle beaucoup plus complexe qu'on peut le pense, c'est une ancienne prostitué, d'abord rivale de Cheng Dieyi puis épouse aimante et amie compréhensive lorsqu'on son rival sera dépendant de l'héroïne.
Chen Kaige s'attaque dans le film Adieu ma Concubine à la civilisation chinoise. En effet, il aborde l'Opéra traditionnel de Pékin et le confronte à l'histoire mouvementé de la Chine du XXe siècle, allant de la guerre sino-japonaise à la Révolution Culturelle. Rarement on aura vu autant d'audace dans un film.

TitCalimero

 
 
 

Photos du film :