Réalisé par : Ettore Scola
Avec : Nino Manfredi, Maria Luisa Santella, Francesco Anniballi, Maria Bosco
Sur un scénario de : Ruggero Maccari et Ettore Scola avec une musique de : Armando Trovajoli
Genre : Comédie dramatique
Film Italien réalisé en 1976

 

 

Synopsis du film :
Dans un bidonville à Rome, Giacinto règne en tyran sur sa nombreuse famille. Tous acceptent son autorité et sa mauvaise humeur, car le patriarche possède un magot que chacun espère lui voler. Chaque jour, il lui faut trouver de nouvelles cachettes et défendre son bien fusil en main. Lorsqu'il décide d'installer sa concubine dans le baraquement, la révolte gronde...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 1976, Affreux, sales et méchants est un film comme on a peu l'habitude d'en voir.

Réalisme et misère

Le réalisme du film peut mettre mal à l'aise certains spectateurs qui n'apprécieront pas de voir la misère humaine dans toute sa splendeur. Ce qui choque le plus c'est sans doute l'absence totale de morale des personnages. Ainsi, l'on n'hésite pas à faire l'amour avec la première personne venue même si cette personne est de la famille, l'on s'entraîne à voler, l'on se tape dessus pour un oui, pour un non et l'on projette même le meurtre du patriarche. La scène la plus choquante est sans doute celle à l'église lors d'un baptême. Giacinto, le patriarche vient à l'église avec sa femme et sa maîtresse, situation qu'il revendique haut et fort. Un gosse s'amuse avec de l'eau bénite.

Mais Affreux, sales et méchants est surtout un film audacieux qui ne tombe jamais dans le misérabilisme. En effet, Ettore Scola pose un regard sans concession sur ces pauvres. Ainsi, leur pauvreté ne les empêche pas d'être affreux, sales et méchants comme tout le monde. Impossible d'être charitable face à cette troupe composée de personnages tous aussi affreux les uns que les autres. Il faut prendre ces personnages comme ils sont et voir au delà du bidonville.

A aucun moment du film les personnages se révoltent contre leur condition sociale. Ils l'acceptent et font avec. Leur attitude contraste complètement avec le regard du spectateur qui ne peut-être que révolter par cette misère humaine qui s'étale sur les hauteurs des collines face à la basilique Saint-Pierre, le temple sacré du Catholicisme. Cruelle ironie. Mais rapidement, les sentiments charitables du spectateur sont mis à mal par les différents comportements des personnages, tous affreux, sales et méchants. L'on comprend alors l'aspect documentaire du film. Ettore Scola raconte autant une histoire qu'il filme les conditions de vie de ces gens dans les borgate de Rome. Enfin, Scola s'intéresse à ces Italiens du Sud venus tenter leur chance à Rome mais qui n'y ont trouvé que misère et pauvreté.

Affreux, sales et méchants

La famille

Dans Affreux, sales et méchants, la famille n'apparaît pas comme un refuge. Bien au contraire, Giacinto déclare : "la famille, c'est comme la merde, plus c'est proche, plus ça pue". Ce même Giacinto, qui vient de toucher le pactole, est devenu paranoïaque et craint que la chair de sa chair ne le dépouille : "Voleurs, crapules ! On touche pas à mon pognon ! "

Les relations familiales sont inexistantes. Et l'amour semble avoir quitté les lieux depuis longtemps. Ainsi, l'on sauve la grand-mère des flammes pour pouvoir toucher sa pension retraite et non pour la sauver en tant que personne. Giacinto n'hésite pas à mettre le feu à sa maison avec femmes et enfants à l'intérieur. Giacinto n'hésite pas à ramener une prostituée, devenue sa maîtresse officielle chez lui. Mais le tout culmine lorsque le clan familial décide d'éliminer Giacinto. Autour d'un repas, la famille se réunit pour assister au dernier repas du patriarche : des pâtes à la mort-aux-rats. Mais Giacinto s'en sortira.

Affreux, sales et méchants

Les enfants : victimes collatérales

Les enfants sont très présents dans le film. Dès la première scène, c'est une jeune fille allant chercher de l'eau que l'on voit. Cette même jeune fille, facilement reconnaissable grâce à ses bottes jaunes, conduit tous les matins les enfants dans un parc improvisé. Ce parc apparaît bientôt comme une bulle protectrice. Enfermés dans leur parc, les enfants sont protégés des horreurs des adultes.

Le film se termine également sur cette fille aux bottes jaunes. Encore enfant et enceinte, le monde des adultes l'a contaminé. Son innocence s'est envolée comme si de rien n'était.

Affreux, sales et méchants

La société de consommation

Giacinto fait un terrible cauchemar sur la société de consommation. Ainsi, il voit toute sa famille parée de nouveaux objets et entend une voix qui lui dit : "achète, dépense et tu seras heureux". Cesaretto, le vendeur ambulant vient démarcher les habitants du bidonville. Mais Ettore Scola pousse le commentaire encore plus loin et va jusqu'à faire dire à l'un de ses personnages : "Les fils de riches se font offrir une moto par leur père, mais eux doivent la voler et donc la payer un prix plus élevé : poursuite policière, arrestation, prison et parfois la mort".

Pour conclure, Ettore Scola signe un film d'une grande beauté en dépit du sujet qu'il traite. En faisant de chacune des scènes un spectacle, Scola trouve le moyen de marquer les esprits et de livrer une critique acerbe de la société sans pour autant tomber dans la facilité et critiquer les personnages. Affreux, sales et méchants est assurément un grand film.

Erin

 
 
 

Photos du film :