Réalisé par : Mahamat-Saleh Haroun
Avec : Youssouf Djaoro, Dioucounda Koma, Emile Abossolo M'bo, Hadje Fatime N'Goua, Marius Yelolo
Sur un scénario de : Mahamat-Saleh Haroun avec une musique de : Wasis Diop
Genre : Drame
Film Tchadien réalisé en 2010

 

 

Synopsis du film :
Le Tchad de nos jours. Adam, la soixantaine, ancien champion de natation est maitre nageur de la piscine d'un hôtel de luxe à N'Djamena. Lors du rachat de l'hôtel par des investisseurs chinois, il doit laisser la place à son fils Abdel. Il vit très mal cette situation qu'il considère comme une déchéance sociale. Le pays est en proie à la guerre civile et les rebelles armés menacent le pouvoir. Le gouvernement, en réaction, fait appel à la population pour un "effort de guerre" exigeant d'eux argent ou enfant en âge de combattre les assaillants. Adam est ainsi harcelé par son Chef de Quartier pour sa contribution. Mais Adam n'a pas d'argent, il n'a que son fils...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Un homme qui crie est à première vue un film sur la relation brisée entre un père et son fils. Même si le film est très épuré, il est émouvant de voir ce père désespéré vendre son fils à l'armée pour récupérer le travail de maître nageur qu'il aime tant. Mais au delà de cette relation, l'on peut y voir une métaphore de tout un pays enlisé dans une guerre sans fin et pour laquelle les dirigeants politiques sacrifient depuis trop longtemps leurs enfants, c'est à dire le peuple.

Un homme qui crie

La cuisine occupe une place importante dans Un homme qui crie. Symbole de la générosité, elle s'oppose radicalement à ce père qui a commis l'irréparable par pur égoïsme. Égoïsme qui semble d'autant plus grand lorsque la petite amie enceinte d'Abdel, le fils parti à la guerre, apparaît dans le film. Il y a dans cette histoire une forte dimension tragique, au sens grec du terme. Les circonstances ont poussé ce père à bouleverser la destinée d'Abdel. Pris dans les tourments de l'Histoire, il n'y a plus rien à faire. Dans un sens, Adam est aussi pris dans les tourments de l'Histoire. Comme il le dit à sa femme, ce n'est pas lui qui a changé mais le monde. Et il a bien du mal à s'adapter à ce monde où des hôtels de luxe au cœur de l'Afrique ont été rachetés par des investisseurs étrangers qui n'hésitent pas à privatiser et à mettre à la porte ceux qui empêchent de faire plus de bénéfices.

Un homme qui crie

Le titre du film Un homme qui crie est inspiré d'Aimé Césaire qui a écrit dans Cahier d'un retour au pays natal : "Et maintenant, je me dirais à moi-même à mon corps aussi bien qu'à mon âme : et surtout, gardez-vous de croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur car la vie n'est pas un spectacle, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse", mots repris dans le film. Ce sont avec ces quelques mots que Adam se révolte contre cette guerre et ce sentiment de culpabilité qui le ronge.

Un homme qui crie

Même si Adam ne semble plus vraiment croire en Dieu, les prénoms des personnages peuvent nous orienter vers une lecture biblique de l'œuvre. Adam ne devient-il pas Abraham sacrifiant son fils à Dieu ? Cela semble d'autant plus probable que le prénom Abdel signifie "serviteur de Dieu".

Un homme qui crie

Tourné avec un petit budget, le film souffre de quelques longueurs et d'un certain silence qui peut peser à certains moments. Néanmoins, c'est de ce silence que l'émotion provient la plupart du temps, comme si les mots ne pouvaient pas suffire à décrire les émotions. Les retrouvailles entre le père et le fils, le pardon du fils à son père juste avant de succomber et l'hommage de ce père détruit sont des scènes bouleversantes.

Erin

 
 
 

Photos du film :