Réalisé par : Jacques Tourneur
Avec : James Ellison, Frances Dee, Tom Conway, Edith Barrett
Sur un scénario de : Curt Siodmak et Ardel Wray avec une musique de : Roy Webb
Genre : Horreur
Film Américain réalisé en 1943

 

 

Synopsis du film :
Betsy Connell une infirmière est envoyée à San Sebastian pour s'occuper de Jessica, la femme de Mr Holland.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Datant de 1943, Vaudou est à mon avis, avant tout un film d'ambiance aux touches expressionnistes. Jacques Tourneur semble avoir beaucoup travaillé sur les contrastes, les effets visuels, la musique : tous les éléments permettant de créer une atmosphère.

Le principal intérêt de Vaudou c'est de revenir aux origines même du zombie, que George Romero a transformé en mort-vivant assoiffé de sang et de chair fraîche. Ainsi, l'action se déroule à San Sebastian, près de Haïti. Importé les esclaves africains aux Caraïbes et en Amérique, la magie vaudou est connue pour avoir engendré des zombies, c'est à dire des morts-vivants. Mais qu'est-ce qu'être un zombie ? Est-ce être revenu à la vie ? Ou est-ce être vivant tout en étant privé de vie ? C'est toute la question qui entoure le cas de Jessica, la femme malade de Mr Holland.

Vaudou

L'on ne saura jamais vraiment ce dont Jessica est atteinte. Jacques Tourneur nous propose deux explications possibles. Dans un premier temps, tout porte à croire que Jessica est bel et bien sous l'emprise de la magie vaudou. L'excursion de Betsy au delà des champs de cannes à sucre, la venue du gardien vaudou, et la libération de la malédiction sont des éléments orientant clairement le spectateur vers cette hypothèse privilégiée.
Mais une autre explication d'ordre plus psychologique est évoquée. Mr Holland apparaît immédiatement comme un personnage étrange, mystérieux et obscur. La remarque qu'il fait à Betsy sur le bateau les menant sur l'île est plus que glaciale : "Ce n’est pas beau. Tout vous semble beau parce que vous ne comprenez pas. Rien n’est beau ici. Tout n’est que mort et putréfaction. " A mesure que le film avance, les masques tombent et l'on découvre la rivalité des deux frères ayant tous deux partagés le même amour pour la même femme. Ainsi, l'on peut se demander si Jessica n'est pas devenue comme elle est suite à ce terrible conflit. S'est-elle réfugiée dans la magie vaudou ? Lui-a-t-on jeté un sort ? La détresse et le désespoir peuvent-ils mener un être humain à n'être plus que l'ombre de soi-même ? Tout est possible.
Le film donne pourtant une explication que les spectateurs jugeront plus ou moins bonne. La mère de Mr Holland n'a pas supporté l'idée de voir son fils quitter l'île avec Jessica et elle a donc sollicité les dieux vaudous. Tout dépend des croyances du spectateur.

Vaudou

Vaudou propose également tout un jeu sur les apparences qui comme le dit le proverbe, se révèlent souvent fausses. Ainsi, Betsy apprend que cette famille qui a l'air bien sous tous les rapports n'est pas ce qu'elle paraît. Jessica et Paul, le demi-frère de Mr Holland ont eu une liaison ce qui est très mal vu à l'époque. La beauté de l'île s'oppose aux superstitions locales qui sont la source de toutes les peurs. Betsy n'est pas non plus celle qu'elle semble être. Elle n'hésite pas à mette ses peurs de côté pour amener Jessica voir un sorcier vaudou.

Enfin, Jacques Tourneur joue sur les différences culturelles. Betsy n'est pas seulement confrontée à une "maladie" étrange et inconnue mais à des différences culturelles immenses. Ainsi, son éducation chrétienne est complètement opposée à des croyances beaucoup plus païennes. Cet aspect chrétien est fortement rappelé par la dernière scène du film lors de laquelle l'on voit Jessica conduite dans l'eau comme pour prendre un bain purificateur rappelant ainsi le baptême et donc l'entrée dans une nouvelle vie. Enfin, l'île s'appelle San Sebastian. Saint Sébastien est transpercé par des flèches comme la poupée de Jessica l'est à la fin du film avec une aiguille. Cependant, ce dernier n'en meurt pas. Comme Saint Sébastien, Betsy, par exemple, est une chrétienne envoyée au cœur d'une île où la magie vaudou est utilisé par une importante communauté.

Dans l'une des pièces de la maison, l'on voit clairement le tableau L'Ile des morts d'Arnold Böcklin (1896). Ce tableau représente Charon amenant sur sa barque un mort debout et enroulé dans un linceul vers l'île des morts. Ce rôle de passeur entre la vie et la mort rappelle le rôle tenu par Carre-four qui vient chercher Jessica, qui sera par la suite délivrée de la malédiction une fois morte. Cet entre-deux entre la vie et la mort représente également Jessica qui est physiquement encore vivante mais dont toute vie a quitté ce corps.
Pour terminer, Val Lewton le producteur du film, a affirmé que Vaudou était inspiré de Jane Eyre de Charlotte Brontë.

L'on retrouve notamment cette influence dans les tonalités romantiques du film.

Vaudou

Erin

 
 
 

Photos du film :