Réalisé par : Don Siegel
Avec : Lee Marvin, Angie Dickinson, John Cassavetes, Clu Gulager, Ronald Reagan
Sur un scénario de : Gene L. Coon avec une musique de : John Williams
Genre : Criminel
Film Américain réalisé en 1964

 

 

Synopsis du film :
Charlie et Lee, deux tueurs à gages, sont envoyés dans une institution pour aveugles afin de tuer Johnny North qui travaille dans cet établissement. Ce dernier ne tente même pas de leur échapper. Intrigués, Charlie et Lee comprennent que leur victime, impliquée il y a quelques années dans un important cambriolage et trahie par sa petite amie, se savait depuis longtemps un homme mort. Ils remontent la filière, retrouvent la fille et le commanditaire du crime, un certain Browning.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Un film des années 1960
D'abord destiné à la télévision, A bout portant est finalement sorti au cinéma à cause de sa violence. C'est d'ailleurs cette même violence qui est la caractéristique principale du film.
Réalisé presque 20 ans après la version de Siodmak, il est légitime de se demander si A bout portant n'a pas été plus influencé par le film de 1946 que la nouvelle d'Hemingway. En effet, le film réutilise les codes du film noir et les fait évoluer. Ainsi, la femme fatale, bien que moins fatale que dans Les Tueurs, est toujours présente.
A bout portant conserve l'aspect fataliste présent dans la nouvelle et l'étend jusqu'à obtenir un sentiment de nihilisme. En effet, dans le film, Johnny se moque de mourir parce qu'il dit être déjà mort. Ce sentiment est relativement présent dans les films de la même période qui déboucheront sur l'avènement du Nouvel Hollywood à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Le contexte politique a changé et en 1964, ce n'est plus la Guerre Froide qui est au centre de tous les intérêts mais plutôt l'assassinat du président Kennedy en 1963. Ainsi, et sans doute pour coller mieux à l'esprit du temps, le héros n'est plus boxeur mais pilote de course.

A bout portant

La fidélité à la nouvelle d'Hemingway
La nouvelle d'Hemingway semble avoir disparu dans la version de Siegel. En effet, le personnage de Nick Adams est complètement absent, les prénoms ont été changés, et surtout le meurtre n'a pas du tout lieu dans les mêmes conditions. Alors que le meurtre n'est pas décrit dans la nouvelle, Don Siegel a filmé le meurtre en plein jour, et en plein cœur d'un centre pour aveugles, ce qui est assez paradoxal dans le sens où les personnes assistant au meurtre de Johnny n'ont pas à proprement dit, vu le crime.
L'excès de violence caractéristique du film n'est pas présent dans la nouvelle.
La scène d'ouverture a été considérablement modifiée et n'a pas lieu dans un restaurant mais dans un établissement pour aveugles.
Même s'il ne reste au final que peu de choses de la nouvelle d'Hemingway, il est intéressant de noter que Don Siegel a choisi de s'intéresser au point de vue des tueurs. Comme l'indique le titre de la nouvelle, les tueurs sont les héros de la nouvelle. En faisant des tueurs les enquêteurs, Don Siegel redonnent à ces personnages leur place. Il est intéressant de voir comment les tueurs habitués à tuer des personnes se posent des questions sur cet homme qui se savait condamné et qui n'a rien fait pour éviter cette mort aussi violente qu'inévitable.

A bout portant

Conclusion :
Don Siegel n'a pas signé une adaptation très fidèle à la nouvelle d'Hemingway. Pourtant, il a opté pour une structure en flash-backs, permettant de remonter dans l'histoire du personnage principal afin de comprendre ce qui a pu le mener à accepter et attendre sa mort. Ce choix lui permet de se rapprocher de l'esprit de la nouvelle.
En effet, la nouvelle insiste sur le fatalisme de la situation du Suédois. En choisissant de partir du meurtre, l'aspect fatal dans le sens du fatum est conservé, puisque l'évènement est établi, et que la majorité du film va s'employer à comprendre ce qui a pu mener à cela.
Comme dans la version de Siodmak, Don Siegel a choisi de créer un personnage féminin responsable du destin de Johnny. Peut-on y voir une filiation avec le film de 1946 ? Dans le film, Johnny est pilote de course, ce qui correspond mieux à l'air du temps. Mais ce qui est important est le fait qu'il soit sportif et que son aspect physique contraste avec sa faiblesse sentimentale, un autre point commun que cette version partage avec la version de Siodmak et la nouvelle.
La nouvelle d'Hemingway a été écrite en 1927 et correspond parfaitement à l'esprit de la Génération Perdue qui a vu le monde désenchanté. L'on retrouve dans le film de Don Siegel un peu le même esprit de cette jeunesse des années 1960 qui n'allait pas tarder à se rebeller contre un système et qui, pour une partie d'elle, allait être sacrifiée pendant la Guerre du Vietnam.

Erin

 
 
 

Photos du film :