Réalisé par : Rodrigo Garcia
Avec : Glenn Close, Antonia Campbell-Hughes, Mia Wasikowska, Pauline Collins, Maria Doyle Kennedy, Brendan Gleeson, Jonathan Rhys Meyers, Janet McTeer, Bronagh Gallagher
Sur un scénario de : Glenn Close, John Banville et Gabriella Prekop avec une musique de : Brian Byrne
Genre : Drame
Film Anglo-Irlandais réalisé en 2012

 

 

Synopsis du film :
Au XIXème siècle, dans l'Irlande en proie à de terribles difficultés économiques, une femme se fait passer pour un homme afin de pouvoir travailler. Pendant trente ans, elle trompe son entourage, employée dans un hôtel sous le nom d'Albert Nobbs, en tant que majordome.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Albert Nobbs est l'adaptation de la nouvelle du même nom écrite par George Moore. Dès les premières minutes du film, l'on sent que le personnage d'Albert Nobbs a pour l'actrice qui l'interprète une saveur particulière. Après avoir joué dans la pièce au théâtre dans les années 1980, l'actrice s'est longtemps battue pour faire adapter cette nouvelle sur grand écran.

Albert Nobbs

Reconnaissons le d'emblée, la mise en scène est très traditionnelle et très sobre. Mais cela n'est pas dérangeant dans le sens où le film se passe dans les îles britanniques pendant l'époque victorienne. La forme classique du film semble donc appropriée.

Même si la presse ne semble s'être intéressée au film que pour la performance de Glenn Close, elle semble être passée à côté des vrais intérêts du film : une superbe reconstitution de l'époque victorienne, une multitude de thèmes abordés, et des performances d'actrices grâce à Glenn Close évidemment mais aussi grâce à une Janet McTeer impressionnante.

Albert Nobbs

Ce qui est intéressant c'est de noter que Albert est prêt à tout pour préserver son secret, au point d'oublier qui elle est vraiment. En effet, lorsque son ami Hubert lui demande son véritable nom, Albert est incapable de le lui dire. Il va même jusqu'à répondre Albert, ce qui témoigne parfaitement de l'état de confusion dans lequel il se trouve. Perdu entre deux identités, il n'est plus tout à fait un homme, il n'est plus tout à fait une femme.

Après avoir découvert le secret de Hubert, Albert se lance dans la quête du grand amour. Il se met donc à convoiter Helen. Il ne va pas redevenir momentanément une femme pour conquérir un homme. Non il va convoiter une femme comme un homme le ferait. Cela lui semble tellement naturel que l'homosexualité ne lui vient sans doute même pas à l'esprit. Est-il complètement devenu un homme ? Rien n'est moins sûr. En effet, lorsque son ami Hubert l'amène pour une promenade vêtu comme une femme, Albert a l'air serein et heureux pour la première fois depuis le début du film. Il court sur la plage, sentant le vent s'engouffrer dans sa robe. La sensation d'être une femme est agréable pour lui. Au début du film, pendant le bal, Albert regarde avec envie un couple danser. Désire-t-il retrouver la sensation de danser comme une femme ? Ou désire-t-il retrouver ce contact humain dont il s'est coupé pour survivre ?

Albert Nobbs

Ce qui nous touche dans le personnage d'Albert c'est son humanité, sa candeur quand il aborde les relations humaines, et son rêve d'une vie normale dans laquelle il n'aurait plus besoin de cacher son identité. Albert rêve de pouvoir assumer sa féminité et de gagner sa vie en tant que femme, d'où la question qu'il pose au médecin : une femme pourrait servir dans une boutique de tabac ?

Le thème de l'homosexualité féminine est présent dans le film grâce au personnage de Hubert interprété par la formidable Janet McTeer. Au début du film, l'on peut penser que sa relation avec son épouse n'est qu'un arrangement pour permettre à deux femmes de s'en sortir dans ce monde cruel. Mais après la visite d'Albert, et ensuite après la mort de l'épouse d'Hubert, il devient évident que Hubert et son épouse s'aiment d'amour et cachent leur homosexualité en faisant passer Hubert pour un homme, ce qui représente un autre avantage. En se travestissant en homme, Hubert peut travailler et faire vivre le foyer.

Albert Nobbs

Le film parvient parfaitement à rendre la terrible situation économique de la fin du XIX ème siècle que l'Irlande a dû traverser. Cette situation est rappelée par l'épidémie de typhus qui touche l'hôtel dans lequel travaille Albert. Mais c'est surtout les rêves américains de Joe Mackins qui rappellent le départ massif des irlandais pour l'Amérique suite à la Grande Famine de 1845-1848.

Albert Nobbs

Le film ne manque pas de critiquer la soi-disant bienveillance chrétienne incarnée par le personnage de Madame Baker qui fait travailler sans la payer Helen, la jeune femme se retrouvant seule avec un enfant sous le bras, mais qui accepte volontiers de fermer les yeux sur les orgies sexuelles et peu chrétiennes de ses clients.

Erin

 
 
 

Photos du film :