Réalisé par : Nanni Moretti
Avec : Nanni Moretti, Marco Messeri, Ferruccio De Ceresa, Margarita Lozano
Sur un scénario de : Nanni Moretti et Sandro Petraglia avec une musique de : Nicola Piovani
Genre : Comédie dramatique
Film Italien réalisé en 1985

 

 

Synopsis du film :
Don Giulio, jeune prêtre, quitte la petite île où il officiait depuis dix ans. Il vient d'être nommé dans une paroisse de Rome, sa ville natale. Là, il retrouve ses parents et ses vieux amis. Il découvre des gens névrosés, engagés dans des voies de garage aussi diverses les unes que les autres : terrorisme, claustrophobie, mysticisme. Il se tourne alors vers sa famille. Mais elle est désunie et personne ne veut de son aide.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

En 1986, La messe est finie remporte le Grand Prix du jury au Festival de Berlin.

Réalisé deux ans après Bianca dans lequel Nanni Moretti interprétait le personnage de Michele Apicella, l'on peut se demander s'il n'y a pas un peu de ce personnage dans celui de Don Giulio. En effet, comme Michele, Don Giulio est prêt à se battre pour voir les gens heureux. Comme Michele, il est prêt à tuer pour préserver ses idéaux. Ainsi, il menace de mort sa sœur enceinte et qui songe à avorter. En ce sens, l'on perçoit une certaine continuité entre ces deux personnages, deux absolutistes.

La messe est finie

Il faut dire que les situations sont graves et difficilement supportables pour un homme d'église. A son retour, sa famille est en train d'imploser. Son père part vivre avec une femme plus jeune laissant sa femme derrière lui comme si de rien n'était. Se sentant délaissée et sans amour, la mère de Don Giulio finit par se suicider. C'est un triple choc pour le prêtre. Non seulement, il perd sa mère à cause de son père et en plus elle s'est suicidée. Le suicide est considéré comme un péché par la religion catholique. Sa sœur est enceinte mais compte se faire avorter, ce qui représente un autre péché pour les catholiques.

Bien que n'étant pas un film sur le catholicisme, il est possible de voir dans La messe est finie, une réflexion sur la foi et plus généralement sur les idées que l'on défend. En tant que prêtre, Don Giulio est mis à rude épreuve. Revenu en ville, il découvre un monde bien différent de celui qu'il a connu. Lors de sa première messe, il se rend compte que la paroisse est déserte parce que les paroissiens ont préféré aller ailleurs depuis que le dernier prêtre a préféré une femme à la religion. Peut-on y voir une réflexion sur le catholicisme ? La foi et la vie de famille sont-elles incompatibles ? La situation du prêtre ayant préféré une femme et un enfant à sa vie religieuse fait évidemment penser aux pasteurs qui ont le droit de se marier et d'avoir des enfants sans que leur foi ne soit remise en cause.

La messe est finie

Don Giulio se sent inutile. Il a l'impression, et ses impressions se révèlent en partie justes, qu'il ne peut pas aider les personnes qui l'entourent et dont il est proche. Est-ce plus délicat d'aider nos proches parce que nous sommes au cœur de la situation et n'avons pas assez de recul ? Possible.

Ce qui particulièrement touchant dans le personnage de Don Giulio c'est le contraste entre son envie d'aider les autres et ses actions vaines qui finissent toutes par échouer. Ainsi, il est émouvant de l'entendre avouer qu'il ne peut rien changer autour de lui. La dernière scène du film dans laquelle Don Giulio va révéler tout ce qu'il a sur le cœur est absolument magnifique. Aussi bon acteur que réalisateur, Nanni Moretti parvient à transmettre toute la force que son personnage a en lui. Avouant ses faiblesses et sa terrible envie de mettre fin à la solitude, il parvient à toucher son assemblée en plein cœur, puisque tous les personnages se mettent deux par deux pour danser.

La messe est finie

La solitude semble être un mal absolu qui rend les gens fous.
En effet, plusieurs personnages souffrent de solitude. Tout d'abord, il y a ce prêtre qui a préféré la vie civile à la vie religieuse. Bien qu'étant enceinte, la sœur de Don Giulio préfère rester seule que de s'engager avec son compagnon. Un des amis de Don Giulio s'enferme peu à peu dans la solitude et refuse de recevoir qui que ce soit chez lui. Le terroriste refuse de parler. Enfin, il y a ce prêtre revenu de Patagonie qui raconte à Don Giulio que là-bas le vent rend fou et que c'est pour cette raison qu'il faut rentrer dans l'église. Don Giulio est-il lui même victime de la solitude ? Cela est fort possible. A la fin du film, Don Giulio décidera de partir en Patagonie, comme si cela était un moyen pour lui d'affronter le mal à sa source.

La messe est finie

Enfin, le film aborde le thème de l'amour universel. Existe-t-il ? Don Giulio y croit en tant que prêtre et en tant que personne. L'amour que porte un prêtre à ses fidèles et l'amour que porte un homme à ses proches sont-ils différents ?

Avec tendresse, passion et humour, Nanni Moretti signe un film d'une grande beauté et d'une intelligence remarquable.

Erin

 
 
 

Photos du film :