Réalisé par : Nanni Moretti
Avec : Nanni Moretti, Laura Morante, Jasmine Trinca, Giuseppe Sanfelice, Sofia Vigliar, Renato Scarpa, Roberto Nobile
Sur un scénario de : Linda Ferri, Heidrun Schleef et Nanni Moretti avec une musique de : Nicola Piovani
Genre : Drame
Film Italien réalisé en 2001

 

 

Synopsis du film :
Dans une petite ville du Nord de l'Italie, Giovanni mène une vie paisible, entouré de sa femme, Paola, et de ses deux enfants déjà adolescents : Irene, l'aînée, et Andrea, le cadet. Giovanni est psychanalyste. Dans son cabinet qui jouxte son appartement, ses patients lui confient leurs névroses, tandis que sa vie privée est réglée par un tissu d'habitudes : lire, écouter de la musique et s'épuiser dans de longues courses à travers la ville. Un dimanche matin, Giovanni est appelé en urgence par un patient. Il ne peut aller courir avec son fils, comme il le lui avait proposé. Andrea part plonger avec ses amis. Il ne reviendra pas...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Comme d'habitude Nanni Moretti démontre un talent sans limites pour filmer l'être humain et la complexité de ses sentiments. Ce qui frappe encore et toujours avec les films du réalisateur italien c'est cette sincérité qui se dégage de chacun de ses films. La chambre du fils, qui a reçu la Palme d'or en 2001, ne déroge pas à la règle.

Vie professionnelle VS vie privée

Après la mort de son fils, Giovanni se voit confronter à sa propre douleur alors qu'il a l'habitude, dans son travail, d'affronter chaque jour celle des autres. Pourtant, Giovanni pense qu'il pourra continuer à travailler. Mais sa douleur le rattrape et il ne parvient pas à prendre le recul nécessaire pour continuer à écouter les autres. Ironiquement, lui qui écoute les autres ne peut pas vraiment soulager sa douleur en parlant avec quelqu'un.

La chambre du fils

L'inégalité face à la douleur

Avant que le drame ne se produise Nanni Moretti prend la peine de filmer chaque membre de la famille avec ses particularités. Tous sont très différents. La douleur face à la mort d'un fils pour les parents et d'un frère pour Irene ne touche pas les personnages de la même manière. La mère s'effondre dès le départ. La sœur Irene prend sur elle et se défoule lors des matchs de basket. Le père est nostalgique et plein de regrets. Il pense sans cesse à la manière dont le drame aurait pu être évité. Il n'accepte pas la mort de son fils et culpabilise d'être allé voir un patient ce dimanche où il devait aller courir avec son fils. Cette famille se trouve séparée par la douleur. Chacun vit son deuil dans son coin. Mais la mère de famille va s'accrocher à une lettre écrite par Arianna une jeune fille qu'Andrea avait rencontré. A travers cette jeune fille, elle espère redécouvrir son fils et en quelque sorte le faire revivre.

La culpabilité

Giovanni est le plus touché par ce sentiment. Revenant toujours en arrière, il se sent coupable d'avoir laissé partir son fils au lieu d'aller courir avec lui comme cela était prévu. Nanni Moretti illustre ce sentiment en remontrant plusieurs fois la même scène : le petit-déjeuner en famille le jour de la mort d'Andrea. Giovanni s'en veut de ne pas avoir cru son fils qui lui disait ne pas avoir volé l'ammonite. Il s'en veut d'autant plus que son épouse avait immédiatement cru son fils, lui faisant aveuglement confiance. Coincé dans le passé, il ne cesse de repenser aux réflexions qu'il a pu faire à son fils. Ainsi, il s'en veut d'avoir accuser son fils de ne pas être compétitif lorsqu'il joue au tennis.

La chambre du fils

Le salut

Arianna est peut être la clé. En l'accompagnant à la frontière française, ils ont recrée l'espace d'un moment une famille. La famille décide de suivre Arianna et son fil (référence au fil d'Ariane) leur a peut-être donné l'espoir et la force nécessaire de tout reconstruire.

Une mise en scène remarquable

Le film est clairement divisé en parties. Dans une première partie, Nanni Moretti se concentre à montrer le quotidien d'une famille ordinaire. La mort du fils permet d'accéder à la deuxième partie du film.
Notons le soin accordé à la scène précédant la mort du fils. La mort flotte dans les airs prête à s'abattre sur n'importe qui. Le film montre les membres de la famille individuellement. Le père roule en voiture pour se rendre chez un patient. Un camion roulant dangereusement fait craindre l'accident mortel. La mère flâne au marché aux puces. Un voleur la bouscule violemment. Le drame n'est pas loin. Irene s'amuse dangereusement sur sa motocyclette. Mais c'est dans ce paysage digne d'une carte postale que la mort a choisi de prendre Andrea.
Notons que le film semble proposer une vision totalement laïque de la mort. Ainsi, l'on n'assiste pas aux funérailles d'Andrea. La scène où l'on voit la famille se recueillir est relativement froide. La religion n'est d'autant secours à aucun membre de la famille.
A la fin du film, Giovanni, sa femme et Irene se retrouvent sur une plage. Dans le même cadre, ils marchent séparés. Que va devenir cette famille ? Va-t-elle complètement imploser ? Que va devenir le couple de Giovanni ?
Tout le film se déroule à Ancône une petite ville du nord de l'Italie. Il n'est pas anodin que Nanni Moretti ait choisi une petite ville. En effet, lorsqu'un drame frappe quelqu'un dans une petite ville, la plupart des membres de la communauté sont au courant. Ainsi, la plupart des personnes savent ce que vivent Giovanni et sa famille et éprouvent de la compassion. 

La chambre du fils

Références :

Insieme a te non ci sto più, écrite par Paolo Conte et chantée par Caterina Caselli en 1969
By This River, extrait de l'album Before and after Science de Brian Eno
Water Dances de Michael Nyman.
A New Path To The Waterfall (1989) de Raymond Carver

Erin

 
 
 

Photos du film :