Réalisé par : William Wyler
Avec : Audrey Hepburn, Shirley McLaine, James Garner, Miriam Hopkins, Karen Balkin, Veronica Cartwright
Sur un scénario de : John Michael Hayes avec une musique de : Alex North
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 1961

 

 

Synopsis du film :
Dans une petite ville de province, deux amies Karen Wright et Martha Dobie dirigent une institution pour jeunes filles, aidées par Lily, la tante de Martha, une ancienne actrice excentrique. Fiancée au médecin Joe Cardin, Karen a du mal à s'engager et à laisser à Martha la direction de l'école. Mary, une élève insolente et menteuse, alors qu'elle a été punie, lance la rumeur que les deux professeurs ont une relation "contre-nature". Elle commence par le raconter à sa grand-mère...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

En 1961, William Wyler retrouve Audrey Hepburn pour réadapter The Children's Hour de Lillian Hellman. En effet, le réalisateur avait déjà signé une adaptation de cette pièce de théâtre en 1936. A l'époque, le Code Hays imposait des règles strictes et l'homosexualité ne devait pas être montrée à l'écran. Lilian Hellman s'était inspirée d'une histoire vraie relatée dans Bad Companions de William Roughead. L'histoire se déroulait alors dans l'Écosse du XIX ème siècle. Les faits étaient identiques : une fillette accusait ses maîtresses d'entretenir une relation homosexuelle.

La Rumeur

Le choix des titres permet de voir le film différemment.
En français, le titre La rumeur insiste sur le pouvoir destructeur de la rumeur. Qu'elle soit fondée ou pas, la rumeur détruit tout sur son passage y compris des vies. Comme le montre le film, les personnes accusées sont impuissantes face à la puissance de la rumeur et ne parviennent pas à se défendre. Le suicide de Martha confère à la rumeur son aspect tragique. Lors de l'enterrement, personne n'ose parler à Karen. Le mal a déjà été fait. Dans un sens, le fait accompli met tous ces parents face à leur culpabilité.
Le film traite bien évidemment d'homosexualité mais ce n'est pas le sujet essentiel du film. En effet, ce qui compte c'est la rumeur. Il est aisé d'imaginer les vies de Martha et de Karen détruites par une autre rumeur que celle de leur prétendue homosexualité.

Il est intéressant de voir comment la rumeur permet à Martha de prendre conscience de sa propre homosexualité. La pression de la rumeur pousse-t-elle Martha à croire qu'elle est homosexuelle ? Lui permet-elle vraiment de se révéler ? Toute la subtilité du film est là. Nous ne le saurons pas. Martha pense que l'amour qu'elle a pour Karen est "déviant" comme cela est dit dans le film. Mais nous ne saurons jamais si tel est le cas. Même s'il apparaît que Martha est en effet amoureuse de Karen, nous pouvons tout de même nous demander si le pouvoir de la rumeur n'y est pas pour quelque chose. Ainsi, l'on a pu constater qu'il n'est pas difficile de persuader une personne d'avoir fait quelque chose qu'elle n'a pas commis. Ainsi, il est possible que Martha interprète certains gestes alors habituels et anodins comme des signes de son homosexualité. Cette interprétation renforce le pouvoir de la rumeur. Ce qui compte ce n'est pas de savoir si Martha est homosexuelle ou non. L'essentiel est que Martha pense l'être. Ainsi, lorsque Martha éprouve de la jalousie pour le fiancé de Karen, ce sentiment peut n'avoir aucun lien avec l'amour. N'est-il pas possible pour un homme d'être jaloux de la petite amie de son meilleur ami simplement parce que ce dernier passe plus de temps avec elle qu'avec lui et chamboule ainsi toute une vie ?

La Rumeur

En anglais, le titre insiste sur les enfants, et l'innocence qui leur est généralement associée. Dans le film, l'on se rend compte que certains enfants ne sont pas vraiment innocents. La petite fille qui lance la rumeur est volontairement menteuse et manipulatrice. Sa manipulation est rendue évidente lorsqu'elle fait du chantage à la petite Rosalie qui a emprunté le bracelet de l'une de ses copines. Elle la force à corroborer ses dires en la menaçant de raconter qu'elle a volé le bracelet. Mais même lorsque la petite menteuse est démasquée, la rumeur s'est déjà propagée. Enfin, notons que les motivations qui ont poussé la malveillante Marie à accuser ses deux maîtresses d'être homosexuelles relèvent uniquement de la vengeance. Après avoir été punie, la petite fille avait décidé d'en faire voir de toutes les couleurs à celles qui avaient osé la punir.

La Rumeur

Là où le film de William Wyler est extrêmement bien réussi c'est dans la manière dont il traite l'homosexualité, mal perçue à l'époque. Le sujet n'est jamais abordé franchement. Mais les sous-entendus sont nombreux. Lorsque la rumeur est propagée, les parents viennent retirer leurs enfants, personne ne veut avouer à Martha et Karen les raisons pour lesquelles ils agissent ainsi.

Erin

Critique :

Ce film est un peu méconnu et c'est fort dommage. William Wyler réussi avec finesse et talent à traiter de deux sujets à la fois : la rumeur (elle se propage vite et fait de très graves conséquences) et l'homosexualité féminine (ça se passe avant 67-68, ici c'est considéré comme un crime, quelque chose d'odieux, même se dire "je suis homo" était grave). Audrey Hepburn garde son élégance et est touchante et Shirley McLaine est également émouvante et a à mon avis le rôle le plus intéressant (et qui montre pour moi que le réalisateur a bien su mêler les deux thèmes du film, sans vouloir révéler la fin du film). La gamine qui joue la peste est également très convaincante (elle mériterait bien deux baffes...). Bref, ce film a réussi à me toucher énormément.

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :