Réalisé par : Alfonso Cuarón
Avec : Clive Owen, Julianne Moore, Michael Caine, Claire-Hope Ashitey
Sur un scénario de : Alfonso Cuarón avec une musique de : John Tavener
Genre : Science-fiction
Film Britannique réalisé en 2006

 

 

Synopsis du film :
Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l'annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte - un fait qui ne s'est pas produit depuis une vingtaine d'années - et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection...

 
 

Analyse de film :

Critique :

Il faut reconnaître que Les Fils de l'Homme est un grand film dans son genre. Non seulement, il rappelle aisément les plus grandes oeuvres du genre d'anticipation : 1984 de Michael Radford ou encore Brazil de Terry Gilliam. Malgré l'anticipation, le film refuse tout univers futuriste et préfère se contenter de la réalité, ce qui permet sans aucun doute aux spectateurs de davantage s'identifier à la situation. Les grands thèmes (l'espoir, le futur, les problèmes liés au social, à la guerre et à la dictature, et la communication) traités par le film peuvent toucher chacun d'entre nous.
La dimension religieuse du film ne peut évidemment pas être mise de côté. Je dirais même qu'elle a une influence majeure même si elle n'est pas volontairement mise au premier plan.
L'on pourra reprocher au film le manque de précisions entretenu par la réalisation mais l'on pourra acclamer les magnifiques utilisations techniques du plan-séquence.
Le film est intéressant dans le sens où il fait activement participer le spectateur de par son identification au film et de par sa réfléxion sur le futur.
Le manque de précisions peut gêner le spectateur qui peut se lasser ou se perdre.
La réalité de la dystopie est prenante et inquiètante. Et c'est sans doute cela qui donne envie aux spectateurs de suivre le destin des personnages qui luttent davantage pour l'Humanité que leurs propres vies.
Personnellement, je n'ai pas ressenti de fortes émotions malgré les grands déchirements liés souvent à la mort. En effet, l'ambiance glaciale prend le dessus et les sentiments sont relégués au second plan; et c'est aussi le cas pour le spectateur. Bien que le film soit un film d'anticipation, il nous rappelle nos plus sombres heures de l'Histoire en montrant explicitement le nazisme. Peut être que l'Histoire est vouée à se répèter et qu'il faut donc absolument trouver un moyen de combattre pour la liberté d'être.
Les acteurs apportent une touche personnelle et forte au film grâce à leur jeu fort et juste.
Les Fils de l'Homme est un très bon film d'anticipation ayant une vision plutôt pessimiste de l'homme et de l'Humanité. Au final, cette réalité qui frappe aux yeux est effrayante et questionne le spectateur au plus profond de lui-même. Qu'est ce qui pourrait nous sauver si l'Humanité était vouée à s'éteindre ? Comment éviterions-nous de nous entretuer s'il n'y avait aucune perspective d'avenir ? L'amour pourrait-il nous sauver ? La foi pourrait-elle nous aider ? Rien n'est moins sûr.


Les fils de l'homme


Analyse :

Une adaptation


Le film est une adaptation du livre Les Fils de L'Homme de P.D James, publié en 1993.

Une dystopie

Le film adapté du roman Les fils de L'homme de P.D James s'inscrit directement dans la lignée des grands noms de l'anticipation, et plus précisemment de la dystopie : Le meilleur des mondes de Aldous Huxley, 1984 de Geoge Orwell, La ferme des animaux de George Orwell et etc ... L'on touve d'ailleurs une référence à la Ferme des Animaux de Orwell et à l'album Animals de Pink Floyd à travers un cochon flottant dans les airs. Il s'agit d'une dystopie car le film dépeint une socièté imaginaire, ou plutôt anticipée dans le pire des mondes. Les personnages évoluant dans cette socièté ne peuvent pas atteindre le bonheur car la socièté elle-même s'est organisée contre ce but.

Le Fils de l'Homme de René Magritte


René Magritte a peint Le Fils de l'Homme en 1964. La pomme verte cache le visage du personnage. Le spectateur veut voir ce qui se cache derrière la pomme. Je fais ici un parallèle avec le film; comme si la pomme était la situation de l'Angleterre et du monde (la stérilité, le rejet des immigrés et etc ...) et comme si le visage caché de l'homme était le futur invisible. Comme le pomme cache le visage d'une personne et pas d'autre chose, je pense que l'on peut peut-être faire un rapprochement entre cet homme inconnu et le fils de l'homme, celui qui montrera la voie, c'est à dire le bébé.
De plus, la pomme dans une perspective religieuse représente le fruit défendu, d'où découle l'Humanité. Ainsi, l'on en revient à l'idée que derrière cette pomme se cache l'Humanité, un homme qui changera tout.

Les fils de l'homme


Une image religieuse

Le titre Les Fils de l'Homme fait référence au psaume chrétien 90 de la Bible : « Tu réduis les mortels en poussière, et tu dis: Retournez, fils de l'homme ! ».
P.D James, qui a écrit le roman décrit même son oeuvre comme une "fable chrétienne".
Dans les Evangiles, Jésus est appelé le Fils de l'Homme. Le prénom du personnage principal Théo ne peut pas ne pas évoquer son étymologie même : théo signifie Dieu.
Kee révèle sa grossesse dans une étable et rappelle donc la nativité. A la vue de Kee et de son bébé pouvant représenter la rédemption, les personnes font des signes de croix ou prononcent le nom de Jésus-Christ.
La dimension religieuse du film s'étend même parfois à l'image et aux dialogues. Ainsi, l'on voit une référence explicite à Pièta de Michel-Ange lorsqu'une femme tient dans ses bras son fils qui vient d'être blessé. Plusieurs termes religieux sont utilisés tout au long du film. Le personnage de Miriam qui fait régulièrement des prières, véhicule cette idée religieuse dans le film.



Les fils de l'homme


Des qualités scénaristiques

Il faut avouer que le spectateur peut se sentir perdu dans cette socièté anticipée où tout a changé. L'on ne sait pas toujours exactement ce qui s'est passé et cela peut parfois être gênant. Cependant, le réalisateur truffe son film de faits historiques par le biais de publicités, de journaux et etc ... Voici quelques faits présentés sous ce format. L'on apprend que le taux d'infertilité mondial est de 25 % en Décembre 2008. Le dernier bébé né est venu au monde le 21 Juin 2009. New York, une partie de l'Afrique et le Kazakhstan ont été raillés de la carte après des attaques nucléaires. Cincinnati est occupé militairement. Le tunnel sous la Manche a été fermé. L'immigration est interdite au Royaume-Uni. Les villes du sud de l'Angleterre sont devenues des camps de réfugiés. Des "drogues de fertilité" et kits de suicide ont été mis en vente.

Des qualités techniques

Alfonso Cuaron utilise plusieurs plans-séquence (plan unique) afin de garder une idée de continuité et la fluidité. Trois sont particulièrement marquants : l'embuscade en voiture, l'accouchement de Kee et la scène de guerilla dans le camp de Bexhill.

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Les thèmes

  • Le nazisme
L'on peut noter plusieurs références au régime nazi. Les camps d'immigrés font explicitement référence aux camps d'extermination. Il faut noter que la sortie de Miriam du bus par un soldat est portée par une musique des Libertines intitulée : Arbeit macht frei (le travail rend libre). Ce titre est une référence à la devise écrite à l'entrée des camps d'extermination. L'on remarque aussi la présence de la toile Guernica de Picasso qui représente le bombardement nazi de Gernika-Lumo en Espagne.
L'on dit souvent que l'Histoire se repète. Le nazisme ainsi rappelé montre que ce genre de régime pourrait malheureusement revenir mais s'appliquerait à d'autres populations.

  • Des problèmes plus actuels
L'on note aussi des références à des mouvements islamistes modernes à travers le terme intifada tagué sur les murs, et le terme Allahu Akbar scandés par les hommes armés lors de la révolte du camp de réfugiés. Cela ferait référence au Hamas et au conflit- israëlo-palestinien.
Le thème des réfugiés et particulièrement des écoréfugiés fait référence à l'immigration et à son refus qui se produisent dans de nombreux pays.

  • La difficulté de communiquer
Le film montre que les êtres humains ont une certaine difficulté à communiquer. Tout d'abord, Julian a demandé à Kee de ne faire confiance qu'à Théo. La bohémienne représente plus explicitement cette difficulté en ne parlant pas l'anglais. Toute l'image de la dictature va dans ce sens: on ne négocie pas dans une dictature.

  • L'espoir
Le monde est plongé dans le désespoir depuis que l'infertilité s'est abattue sur terre. Tout le film est construit comme un voyage du désespoir vers l'espoir.
Comment faire renaître l'espoir ? Pour beaucoup, la naissance d'un enfant pourrait être la clé mais la fin du film montre que ce n'est pas le cas. La naissance du bébé de Kee n'arrange pas la situation, parce que Kee et Théo se sont battus afin que le nouveau-né ne soit pas utilisé à des fins politiques. Cependant, en rejoignant le Renouveau, l'on se doute bien que l'enfant sera utilisé à des fins scientifiques.

  • L'infertilité
L'on ne sait pas vraiment pourquoi le monde est devenu infertile. L'on peut cependant supposer que l'infertilité a été provoquée par des problèmes d'environnement tels que la pollution ou la destruction environnementale. L'on peut aussi imaginer qu'il s'agit d'une punition divine.

  • La perspective d'un non-futur

Dans le contexte du film, l'on comprend que le genre humain est voué à s'éteindre puisqu'il ne peut pas se renouveller. Cette idée même nous aide peut être à comprendre la situation du monde dans le film. Comme il n'y a rien à transmettre, l'on s'auto-détruit. Et ce sont les valeurs morales qui en prennent pour leur grade. Comment peut-on continuer à perpétuer des valeurs s'il n'y a pas de futur ? Au final, cette idée a quelque chose de très punk. Sans persepective de futur (no future !), l'on va droit à l'anarchie. Et c'est un peu ce qui se passe dans cette socièté où se mêlent aisément anarchie et dictature, la dictature étant une réponse forte à l'anarchie même.

Les fils de l'homme


Une fin ouverte

Le réalisateur a voulu donner une fin ouverte du film en fonction de la sensibilité de chaque spectateur. Quelqu'un d'optimiste verra l'espoir renaître. Quelqu'un de pessimiste y verra une fin desespérée. Et vous qu'avez vous ressenti ?

Erin

Critique :

Adapté du roman de P.D. James (que j'aimerais lire, mais je n'arrive pas à le trouver), Les Fils de l'homme m'a au début énormément perturbé car je me suis sentie sans réponses à mes questions. Mais le film amène à la réflexion et "hante" pendant plusieurs jours. Peu de films me font cet effet et peu de films actuellement sont aussi bons. J'ai trouvé ce film très intelligent, captivant, magistral, profond et visionnaire. On peut remarquer qu'il y a notamment pas mal de références bibliques. Alfonso Cuaron signe un film remarquable, avec beaucoup de force. Il nous plonge dans une ambiance horrible mais qui nous fait réagir sur notre monde actuel : politique, écologie, humanité... Techniquement, le film est filmé d'une manière irréprochable. Il y a des plans séquences fabuleux qui nous plongent vraiment au coeur de l'action. Je termine cette critique en précisant que tous les acteurs sont convaincants.

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :