Réalisé par : Pedro Almodovar
Avec : Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes
Sur un scénario de : Pedro Almodovar avec une musique de : Alberto Iglesias
Genre : Thriller
Film Espagnol réalisé en 2011

 

 

Synopsis du film :
Certaines personnes abusent sans aucun scrupule de leur immense pouvoir, il y en a d'autres dont l'unique pouvoir réside en leur extraordinaire capacité à lutter pour survivre. La Piel que habito raconte le choc entre deux de ces individus : le puissant qui abuse et le survivant qui résiste.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Bioéthique

Dès le début du film, l'on apprend que Robert, éminent chirurgien esthétique travaille sur une amélioration de la peau capable de résister aux moustiques, ce qui pourrait empêcher la malaria de se développer. Cette innovation scientifique pourrait en effet sauver des milliers de vies. Mais le directeur des recherches le prévient : il n'y a qu'un moyen de faire résister la peau et cela n'est pas légal. En effet, cela consiste à utiliser la transgenèse et donc à utiliser des cellules de peau de cochon. Où se trouve la frontière entre l'éthique, le respect de la morale et le progrès de la science ? Mais Robert n'est pas du genre à se préoccuper des questions de bioéthique. Le film ne va pas tarder à le montrer. Bientôt le spectateur découvre le travail fou de création que Robert a entrepris sur le jeune homme censé avoir abusé sexuellement de sa fille. C'est ainsi que Vicente va devenir Vera et donc devenir une femme.

La piel que habito

La vengeance

La transformation de Vicente relève davantage de la vengeance personnelle que de l'expérience scientifique. Bien qu'il se serve de Vera pour tester la peau qu'il a crée, l'origine des opérations de Vicente n'a pas pour but premier la science.

La vengeance occupe une place importante dans La piel que habito.

Tout d'abord, Robert réussit à se venger du "tigre", l'homme avec qui sa femme s'était enfuie. Ensuite, il tente de venger sa fille en utilisant Vicente comme cobaye. Finalement ce sera Vera qui se vengera de son bourreau et créateur en le tuant lui et sa protectrice Marillia. Mais à quoi sert la vengeance ? Où mène-t-elle ? A-t-elle vraiment servi à Robert ? Et une fois que vengeance est faite, qu'en reste-t-il ?

Troisième sexe

Les thèmes de la transexualité, du transgenre et du troisième sexe sont ouvertement abordés. Vicente devient contre son gré, physiquement une femme. Après la transformation, comment se sent-il ? Se considère-t-il comme un homme ou comme une femme ? L'on voit que Vicente ne s'habitue pas de suite à son nouveau corps puisqu'il déchire toutes les robes de sa chambre. Plus tard, on le/la voit refuser le maquillage, autre signe qu'il ne peut se résigner à devenir totalement femme. Au fond de Vera vit toujours Vicente. Après l'arrivée du "tigre", la relation entre Robert et Vera change. Robert fait davantage confiance à sa créature et tous les deux tentent de vivre comme un couple (scène du petit déjeuner au lit). Bref, Vicente semble être totalement devenue Vera au point que le spectateur a tendance à oublier que cette jolie jeune femme a été un jeune homme. Et pourtant quand Vera voit sa photo lorsqu'elle était encore Vicente, elle semble avoir un électrochoc. A présent, il sait que sa mère le recherche encore. Le Vicente qui vivait encore au fond de lui revient peu à peu à la vie. Cela fait penser à une scène où Vicente tombe sur une émission de yoga. La présentatrice dit que le yoga peut permettre de se créer un refuge personnel inaccessible aux autres. Si Vicente cherche à se crée un refuge où il peut exister comme il l'entend, c'est à dire sans doute comme un homme, c'est parce qu'il se sent comme en prison. Les dessins et les barres sur les murs de sa chambre en sont d'ailleurs témoins. Le thème de la prison est d'ailleurs très présent dans le fil. Nous y reviendrons.

La piel que habito

Homme devenu femme, qu'est Vicente à la fin du film ? Cette femme est-elle le fils de cette mère qui a toujours cru à la survie de son fils ? A la fin du film, Vicente n'a plus vraiment de sexe. Il appartient à ce que l'on appelle le troisième sexe car il n'est ni vraiment un homme, ni vraiment une femme.

Ouvertement homosexuel, Pedro Almodovar semble défendre l'homosexualité. Y-a-t-il vraiment une différence entre voir Robert désirer une femme et voir Robert désirer un homme à l'apparence d'une femme ? Non aucune.

La question du genre de Vicente/Vera est posée dans la scène où il/elle tente de fuir et se retrouve face à son créateur armé d'un revolver. La créature prend alors un couteau pour se défendre et menace de se trancher la gorge si Robert n'accepte pas de lui rendre sa liberté. Robert lui lance alors "Tu n'en es pas capable". Cette réplique est très intéressante. En effet, le couteau est un symbole phallique, faisant office de pénis à Vicente qui n'en a plus. Dans le contexte, la phrase fait sans doute référence au mystère entourant le viol de Norma. En lui disant cela, Robert insinue que Vicente n'est pas vraiment un homme, que finalement s'il n'a peut être pas été capable de se servir de son phallus ne sera pas capable non plus de se servir du couteau. Mais voilà, Vicente va s'en servir. Il n'est donc pas tout à fait un homme ni tout à fait une femme.

La piel que habito

Crise identitaire

Vicente est donc le personnage qui subit la plus profonde crise d'identité car il est obligé de se remettre en question au plus profond de lui-même.

Robert, dans un sens, traverse aussi une crise d'identité. Qu'est-il finalement pour Vera ? Son créateur ? Son père ? Son amant ? Ou tout cela et rien à la fois ?

Notons que la crise d'identité dans La piel que habito est fortement liée au physique. En effet, c'est en changement de corps que Vicente devenu Vera se pose des questions sur son identité. Mais c'est aussi le cas d'un autre personnage : Gal. Gal sauvée d'un accident de voiture a été brûlée au point d'en avoir été défigurée. Son époux avait donc pris soin de faire enlever tous les miroirs de la maison. Mais un jour, elle vit son reflet dans une vitre. N'ayant même plus l'apparence humaine, elle décida d'en finir avec la vie.

La prison

Comme nous l'avons dit, Vicente est prisonnier de Robert. Il est retenu dans sa chambre transformée en cellule de luxe. Mais cette chambre n'est pas la seule cellule du film. Robert est lui aussi prisonnier. Sa prison est sa dépendance à la vengeance mais pas seulement. Ce que Robert aime par dessus tout ce sont la création et la perfection grâce à la chirurgie esthétique. Robert est également prisonnier du passé puisque le souvenir de sa femme le hante. C'est pour cela qu'il donne le nom de Gal à son projet scientifique.

Marillia, la mère du "tigre" mais aussi de Robert est aussi une prisonnière. Elle est prisonnière de sa situation. Elle ne peut pas avouer à Robert qu'elle est sa mère et elle ne peut pas supporter l'idée de vivre loin de son fils.

Enfin, et c'est sans doute le plus important et le plus flagrant : Vicente est prisonnier de la peau dans laquelle il habite.

La piel que habito

Liberté et pouvoir

Robert, le chirurgien esthétique abuse de son pouvoir. Grâce à son argent, il peut opérer chez lui dans son laboratoire privé. Grâce à ses relations, il peut utiliser ses collègues de travail pour faire la vaginoplastie. Enfin, la seule personne au courant de ce qui se passe dans la maison est Marilia la gouvernante qui se révèle en fait être la mère de Robert. Même si Robert ne sait pas qu'elle est sa mère, il abuse quand même de son amour.

Dès qu'il capture Vicente, il use de son pouvoir et le fait vivre comme une bête. Puis vient la transformation, l'ultime excès de pouvoir. En effet, y-a-t-il pire abus de pouvoir que de modifier jusque dans sa chair l'identité d'un individu ?

Comme nous l'avons souligné, le motif de la prison est très présent dans le film. Qui dit prison dit manque de liberté. D'ailleurs, Vicente écrit ce mot "Liberté" sur les murs, comme un résistant pris par l'ennemi. Cette résistance à l'ennemi en protégeant son être dans une part enfouie de son être rappelle le sort de résistants qui en dépit des abus sur leur personne visant à les réduire à l'état de bêtes ont su exister envers et contre tout. Nous le savons l'Espagne est un pays qui a encore du mal à exorciser les démons de son passé franquiste. Est-il possible d'établir un rapprochement entre la relation abus de pouvoir/résistance de Robert et Vera et l'époque franquiste ? Possible.

La légende de Pygmalion

Une référence à la légende de Pygmalion semble plutôt évidente. Rappelons que Pygmalion était un créateur qui tomba amoureux de sa créature appelée Galatée. Comment rapprocher cette légende de Robert ? Robert a crée Vera dont il va tomber amoureux. Le rapprochement avec la légende est établi car Vera est l'exacte reproduction de Gal, l'épouse défunte de Robert. Ce thème de l'amant éploré qui tente de refaire vivre son amour mort a déjà été exploité dans Sueurs Froides d'Alfred Hitchcock.

La piel que habito

Quiproquos

Une grande partie du film est basée sur les quiproquos. Le film commence par l'arrivée de Zeca dit le tigre qui pense voir Gal revenue à la vie. Ayant été son amant, il ne peut s'empêcher de la désirer ardemment. Pourtant, la femme à qui il fait furieusement l'amour n'est ni Gal ni même une femme.

Autre quiproquo essentiel : le viol de Norma, la fille de Robert. Tout porte à croire qu'elle a été abusée et c'est d'ailleurs ce que tout le monde pense. Sauf que le spectateur a été témoin de ce qui s'est passé. Norma a été prise de panique lorsqu'elle a entendu la chanson chantée au mariage, chanson que sa mère lui avait apprise et qui a causé sa mort. De plus, comme le dira Vicente, ce dernier avait tellement pris de substances illicites qu'il n'a pas réussi à faire quoique ce soit à Norma. C'est pourtant ce quiproquo qui va bouleverser l'existence de Vicente.

La piel que habito

Bref, vous l'aurez compris, le cinéaste espagnol signe une nouvelle fois un film magnifié par la musique d'Alberto Iglesias qui mérite d'être vu. Pourtant quelques défauts résistent à ce film audacieux et dérangeant.

Comme nous l'avons vu, Robert tombe amoureux de sa créature, thème exploité de manière récurrente dans l'art. Et pourtant cette relation n'apparaît pas comme normale. En effet, Vera, la créature est un homme à qui Robert en veut à mort puisqu'il est à l'origine du viol et du suicide de sa fille. Robert décide de lui faire subir une vaginoplastie. Et tout aurait pu s'arrêter là. Mais Robert est décidé à aller plus loin. Il va faire de Vicente une femme et pas n'importe quelle femme : sa femme disparue Gal. Il va tenter de la faire revivre dans le corps d'une autre personne. L'on peut se demander pourquoi recréer la femme qu'il aimait tant, qu'il a veillé nuit et jour et qu'il a réussi à sauver d'une mort assurée dans le corps d'un homme qu'il déteste tant et qui a causé la mort de sa fille ? Avouons que tout cela est assez étrange et d'autant plus étrange qu'il va en tomber amoureux ! La psychologie du personnage de Robert n'est pas suffisamment pousser pour comprendre entièrement ses motivations.

Erin

Critique :

J'attendais impatiemment ces retrouvailles entre le grand Pedro et Antonio Banderas, avec La Piel que Habito, adapté de "Mygale" de Thierry Jonquet, et reparti bredouille lors du dernier festival de Cannes, présidé par Robert De Niro. Et je comprends tout à fait pourquoi le film est reparti les mains vides du festival cannois. Je reconnais de nombreuses qualités, comme la mise en scène (impeccable et toujours esthétique), le jeu des acteurs (surtout celui d'Elena Anaya), la musique (sublime) ou encore la photographie. Mais le scénario ne m'a pas du tout séduite (pourtant, d'habitude, c'est un point fort chez Almodovar). En effet, sur papier, ça m'avait enthousiasmé. Mais alors sur grand écran, ça donne autre chose. Tout comme le montage, pas mauvais mais rend vraiment le film bizarre (et encore, vaut mieux ce montage, qu'un film complètement linéaire). Alors, je reviens au scénario, très tordu. A cause de ce dernier, j'ai eu en fait du mal à croire réellement à cette histoire. Le film se veut psychologique, et évoque énormément de thèmes (science, sexualité, art, liberté, identité, même nécrophilie), mais je trouve que tout reste un peu en surface. Il me semble que d'habitude, dans les autres films d'Almodovar, les sujets sont plus approfondis. De plus, le début n'est pas réellement intéressant à cause d'une réalisation qui met du temps à décoller. Bref, pas un mauvais film mais ça reste un Almodovar mineur. Dommage !

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :