Réalisé par : Stephen Frears
Avec : Julia Roberts, John Malkovich, George Cole, Michael Gambon, Kathy Staff, Glenn Close, Michael Sheen, Bronagh Gallagher
Sur un scénario de : Christopher Hampton avec une musique de : George Fenton
Genre : Drame
Film Américain réalisé en 1996

 

 

Synopsis du film :
La jeune Mary Reilly, rescapée d'une enfance terrible, est aujourd'hui servante dans une respectable demeure victorienne. Le maitre de maison, le docteur Jekyll, est impressionné par les qualités humaines de la jeune femme. Touché par sa loyauté, il lui accorde peu à peu sa confiance. Le comportement parfois un peu étrange du docteur n'échappe pas à Mary. L'arrivée d'un mystérieux assistant, M. Hyde, ne fait que perturber la relation privilégiée entre Mary et son maître.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Mary Reilly adapté du roman du même nom de Valérie Martin n'est pas le film le plus connu de Stephen Frears et pourtant cela vaut le coup d'œil. Sur une variation de Docteur Jekyll et Mister Hyde, Stephen Frears va au delà d'une énième adaptation fantastique. Partant du point de vue d'une servante appelée Mary Reilly, le film gagne en profondeur. Non seulement, le point de vue d'une servante permet aux spectateurs de se mettre au même niveau de vision mais en plus, cela permet d'universaliser le thème du film : le Bien et le Mal se livrent une lutte sans merci dans chaque être.

Mary Reilly

L'un des points forts du film c'est d'être bien ancré dans l'époque à laquelle il est censé se passer c'est à dire au XIX ème siècle et pour être plus précis durant la période victorienne. C'est ce que l'on identifie immédiatement grâce aux costumes et aux manières. L'on pense aussi immédiatement à Dickens et à son univers notamment lorsque Mary se rappelle de son enfance douloureuse. Son père n'est pas sans rappelé les plus méchants des personnages du célèbre écrivain anglais. La manière dont est filmée la ville que l'on suppose être Londres fait ressortir la noirceur des rues sinueuses de l'époque. Un élément qui nous permet de dire qu'il s'agit sans doute de Londres est la scène où Mary accompagne Hyde faire des courses. Ce dernier l'amène dans un endroit horrible : le marché aux viandes. Ce marché aux viandes que l'on suppose être Smithfield Meat Market a déjà été utilisé par Dickens dans De Grandes Espérances.

Stephen Frears s'intéresse également à la forte hiérarchie qui régit les relations entre les domestiques en montrant à de très nombreuses reprises comment Mary est rappelée à l'ordre par le majordome pour avoir passé un peu trop de temps avec le maître ou avoir commis une erreur.

Le réalisateur anglais aborde aussi le thème des relations entre une servante et son maître notamment lorsqu'il y a attirance réciproque. Le maître ne peut pas s'intéresser de trop près à sa servante à cause de son rang social. Et la même chose est vraie pour Mary. Mais alors que les domestiques soupçonnent une relation purement physique qui ne mènera à rien entre le maître et Mary, l'on se rend compte que Mary comme le maître semblent avoir des sentiments sincères l'un envers l'autre. Derrière l'apparence effacée de Mary, Docteur Jekyll a su percevoir des tourments. C'est ce dont témoignent les blessures qu'elle porte sur son cou et ses poignets. L'on apprendra que son père la maltraitait et il est suggéré que ce dernier abusait d'elle. De son côté, Mary aussi se sent proche du maître qu'elle juge très bon pour elle. Mais leur relation n'est que désir refoulé. Comme dans Le tour d'écrou d'Henry James, cette répression peut mener à toutes sortes de visions. Mais là s'arrête la comparaison, ce que voit Mary est bien réel. Cette répression imposée par l'époque victorienne va être mise à mal par Monsieur Hyde qui étant amoral n'hésite pas à "aimer la vie" et à profiter de ses désirs.

Mary Reilly

Chaque être a une part de bien et une part de mal en lui. Il arrive que l'une de ces deux parts prenne momentanément le dessus. Toute l'expérience du Docteur Jekyll consiste à séparer ces deux parties de son âme. C'est ainsi que Mr Hyde (la partie mauvaise) prend vit. Son nom déjà en dit long. En effet, en anglais "to hide" signifie "cacher". Mr Hyde est donc la part sombre, la part cachée, enfouie d'un être. Mais alors que le Docteur Jekyll est parfaitement conscient de la dualité de son âme, Mary, quant à elle, s'efforce d'enfouir tout mauvais sentiment. C'est sans doute pour cette raison qu'elle n'arrive même pas à haïr ce père qui lui a fait du mal et qui lui fait encore faire des cauchemars. Et pourtant assumer son côté sombre et vivre avec ne mène pas nécessairement à de terribles dérives. Il est possible que Mary, sous son apparence douce et fragile, soit en fait parfaitement consciente de son côté sombre et qu'elle en ait peur. Elle semble se méfier d'elle même, comme si haïr son père pouvait la pousser à faire du mal. Le film semble aller dans ce sens puisqu'à la fin, le Docteur Jekyll confesse qu'il a tenté de libérer Mary. Mais la libérer de quoi ? D'elle même tout simplement.

Un élément de la mise en scène mérite d'être souligné. Il s'agit de la passerelle flottante reliant le laboratoire du Docteur à sa demeure. Stephen Frears filme régulièrement cette passerelle qui prend alors une forme symbolique. Comme nous l'avons dit, Mary n'assume pas son côté sombre parce qu'elle a peur de ses dérives. Cette passerelle est dans son inconscient le pas à franchir pour devenir comme Monsieur Hyde.

Mary Reilly

Monsieur Hyde est l'incarnation même du Mal. Ainsi, peu après que Mary ait confessé à Docteur Jekyll les raisons de ses cicatrices et le traumatisme causé par son père, Monsieur Hyde va incarner cette peur puisqu'il va volontairement traîner le pas et un peu boiter. Il va par la suite assassiner des personnes de sang froid et avec une violence inouïe. La première personne victime de son déchaînement de violence est une petite fille dans la rue. Cette scène fait directement référence au roman de Robert Louis Stevenson. Par la suite, les deux meurtres qui sont montrés à l'écran ne sont pas anodins. C'est d'abord Madame Farraday, tenante de la maison close qui est sauvagement assassinée. Son meurtre n'est pas anodin puisqu'elle avait un différent avec Docteur Jekyll à cause de Monsieur Hyde. C'est ensuite le tour de Denvers, un ami du Docteur. Bien que l'on ne sache pas exactement les raisons de son meurtre, l'important c'est que lui et le Docteur soient liés.

Mary Reilly

Lorsqu'un casting est alléchant, l'on est parfois déçu. Mary Reilly est l'exception. Julia Roberts est exceptionnelle dans ce rôle de servante fragile et perturbée. Loin du rôle hollywoodien, elle campe à merveille son personnage notamment grâce à un changement physique. Plus éteinte que d'habitude, les traits tirés, les cheveux roux et le regard triste, elle signe sans doute là une de ses plus belles performances. John Malkovich est toujours aussi impeccable dans ce double rôle. Bien que la transformation physique ne soit guère poussée, le Docteur et Monsieur Hyde sont clairement différenciés par une gestuelle et une attitude différentes.

Erin

 
 
 

Photos du film :