Réalisé par : Hong-jin Na
Avec : Kim Yun-seok, Ha Jung-woo, Cho Seong-Ha, Lee Chul-Min
Sur un scénario de : Hong-jin Na avec une musique de : Young-kyu Jang
Genre : Thriller
Film Coréen réalisé en 2011

 

 

Synopsis du film :
Yanji, ville chinoise de la Préfecture de Yanbian, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, où vivent quelques 800 000 Sino-coréens surnommés les «Joseon-Jok.» 50% de cette population vit d'activités illégales. Gu-nam, chauffeur de taxi, y mène une vie misérable. Depuis six mois, il est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud pour chercher du travail. Myun, un parrain local, lui propose de l'aider à passer en Corée pour retrouver sa femme et même de rembourser ses dettes de jeu. En contrepartie il devra simplement… y assassiner un inconnu. Mais rien ne se passera comme prévu…

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Le jeune prodige Na Hong-Jin qui avait signé le brillant The Chaser signe son deuxième film.
Il parvient à mêler plusieurs genres tels que le thriller, le polar, le film d'action.

The Murderer

L'on ne peut pas nier l'évidence : The Murderer est un film violent. Il est intéressant de voir comment cette violence est représentée dans le film. En effet, l'on constate qu'elle fonctionne sur plusieurs niveaux. Avant même que commencent les innombrables courses poursuites, le spectateur est plongé au cœur d'une violence que l'on pourrait caractériser de "social". Gunam semble vivre dans un endroit miséreux, oublié du monde. D'ailleurs, les couleurs grisâtres rendent cet aspect. C'est d'ailleurs pour tenter de quitter cette misère que Gunam va accepter le contrat de Myun. Et d'ailleurs, avant lui sa femme avait tenté sa chance en Corée du Sud. Près de 2 millions de Coréens vivent en Chine. Appelés les Chosonjoks, ils vivent principalement à Yanbian, préfecture autonome coréenne en Chine. Chinois d'origine coréenne, ils ne semblent être chez eux nulle part : ni en Chine, ni en Corée. C'est peut être pour cette raison que le personnage principal lui même Chosonjok court encore et toujours.
Cette violence sociale est accentuée par le voyage illégal de Gunam vers la Corée du Sud. Le réalisateur nous montre comment les clandestins sont stockés comme des animaux et jetés à la mer une fois arrivés à destination. Ceux qui n'avaient pas la force de résister seront simplement jeter à l'eau où ils mourront ou demeureront à jamais.
Notons d'ailleurs un très bel écho. En effet, au début du film, une femme clandestine très affaiblie par le voyage et sans doute très malade ne parvient pas à se relever pour prendre le bateau qui amène les clandestins sur la terre ferme, est jetée à l'eau comme un déchet. Et c'est exactement le même sort qui attend Gunam.
La mer qui sépare la Chine, et la Corée du Nord de la Corée du Sud apparaît à la fois comme une sorte de cimetière recueillant ces morts qui ont tout risqué dans l'espoir d'une vie meilleure et comme un meurtrier froid et parfait.
Cette violence sociale mène à d'autres types de violence liés aux trafics. C'est cette misère devenue insupportable qui va faire de Gunam un assassin. Elle va littéralement changer Gunam qui n'a à première vue rien d'un meurtrier. D'ailleurs, il ne commet pas le meurtre pour lequel il a été envoyé en Corée du Sud. En revanche, il s'imagine comment la scène va se passer, ce qui montre qu'il n'a jamais tué un homme et qu'il a peur de le faire.
A partir de là, un autre type de violence apparaît : celle des gangsters dont elle est le lot quotidien. Notons aussi un autre point fort intéressant : la différence entre les malfrats en fonction d'où ils viennent. Myun et ses acolytes sont beaucoup moins clinquants que leurs copains du Sud, toujours en costume et cravate.
Gunam se laisse emporter par toute cette violence qui déferle sous ses yeux mais aussi à cause de son état d'esprit. En effet, Gunam n'a rien ou presque : une petite fille restée au pays. Gu nam ne croit plus en rien. La misère sociale et la violence à laquelle le chauffeur de taxi est confronté au quotidien l'ont changé. Il est comme un nihiliste, il ne croit plus en rien. Et d'ailleurs le personnage le dit lui-même, la seule chose qui l'intéresse désormais c'est de savoir la vérité sur le meurtre du professeur. Il se sait condamné à mourir sous peu. Et c'est pour cela qu'il va se battre avec acharnement et jusqu'à la mort.

The Murderer

L'ironie a une place importance dans The Murderer. En effet, n'est-il pas ironique de Gunam parte en Corée du Sud pour tuer un homme et devienne finalement le témoin de son meurtre ? N'est-il pas ironique que Gunam enquête sur sa femme et pense qu'elle est morte alors que celle-ci se décide finalement à retourner en Chine ?

The Murderer

Ce film souffre pourtant de quelques défauts : une certaine longueur (2h30), un aspect assez répétitif, un mauvaise sens du rythme (le film commence tout doucement, s'accélère radicalement et s'emballe). Bref; The Murderer a tendance à s'essouffler.
La virtuosité des scènes de poursuite et des combats est peut être poussée un peu trop loin pour coller au réalisme que le film dévoile dès les premières minutes. Ainsi, le spectateur a parfois du mal à croire à ce déferlement de violence que l'on voit à l'écran. Bien que le film soit parfois confus à cause des nombreux personnages et de leur rapport à l'intrigue et du rythme effréné du film, l'on note tout de même un effort de clarté puisque le réalisateur a pris la peine de découper le film en quatre parties : le chauffeur de taxi, le tueur, le chosonjok, la mer jaune.
Notons un hommage à Old Boy de Park Chan Wook dans un plan où l'on voit des hommes débouler dans un couloir armés jusqu'aux dents et avec des hachettes à la main.

The Murderer

Erin

 
 
 

Photos du film :