Réalisé par : Woody Allen
Avec : Owen Wilson, Rachel McAdams, Michael Sheen, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Kathy Bates, Adrien Brody, Gad Elmaleh, Carla Bruni
Sur un scénario de : Woody Allen avec une musique de :
Genre : Comédie
Film Américain réalisé en 2011

 

 

Synopsis du film :
Un jeune couple d'américains dont le mariage est prévu à l'automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

Dès les premières images, Woody Allen donne le ton. Le cinéaste américain dresse une carte postale d'un Paris merveilleux, d'un Paris rêvé par tous les étrangers du monde qui espèrent un jour voir de leurs propres yeux la ville lumière. Beaucoup ont reproché au réalisateur new-yorkais de voir Paris avec des yeux de touriste. Mais comment pourrait-on lui reprocher ? En plus de signer un beau film sur le plan esthétique, le choix de la vision touristique de Paris se justifie et se défend. Woody Allen est américain et ne peut pas voir autrement Paris qu'avec ses yeux d'étranger. De plus; ses personnages sont des touristes qui ont une certaine de la capitale française.

D'autres ont reproché à Woody Allen de ne filmer que certains lieux. Les touristes n'ont aucune raison de s'aventurer dans des quartiers inconnus des guides touristiques. Ils sont là pour voir les chefs d'œuvres de la capitale. Que visitez vous lorsque vous partez en vacances ?

Minuit à Paris

Bien que le film s'ouvre sur une image parfaite du couple, la relation de Gil et d'Inez est rapidement remise en question. La scène suivante montre Gil, Inez et ses parents en train de déjeuner. Immédiatement, l'on perçoit une tension entre Gil et son futur beau-père. Gil s'oppose clairement à ses opinions républicaines et pro-tea party.

L'image du couple prend un sérieux coup lorsque Inez rencontre Paul et son amie. Rapidement, l'on se rend compte que la jeune femme n'a d'yeux que pour Paul avec qui elle va danser le soir et dont elle boit chaque parole. Ainsi, lorsqu'ils vont visiter Versailles, Paul s'impose immédiatement comme guide. Comme Gil, le spectateur laisse Paul se la péter une fois, pas deux. Lorsque Paul renouvelle l'expérience au musée Rodin, et commet l'erreur de confondre Rose la femme de Rodin et Camille sa maîtresse, Gil prend les devants, bluffe et soutient la guide du musée. Ainsi, il récupère momentanément l'admiration de sa fiancée. Mais Paul pédant de son état est bien décidé à affirmer sa pseudo-supériorité intellectuelle car, lui, donne des conférences à la Sorbonne, comme le rappelle Inez. Ainsi, Paul se met à expliquer la peinture de Monet, puis un tableau de Picasso, Gil se sert de ce qu'il a appris dans ses sorties nocturnes pour affirmer que le tableau de Picasso ne représente pas ce que Paul dit. L'on peut aller plus loin, Paul dit probablement ce qu'il a lu dans des livres sur le peintre. Gil sait ce que le tableau représente parce qu'il a rencontré celui qui l'a peint et sa muse. Cette scène pose donc la question de l'interprétation de l'art. Peut-être que nous ne saurons jamais vraiment ce que ce tableau représente et ce qui est admis n'est peut être pas vrai.

A partir de ce moment, il apparaît évident qu'un fossé se creuse entre Gil et Inez qui semblent être en désaccord sur l'essentiel. Plus le film avance, plus leur mariage recule.

De plus, l'on comprend clairement qu'Inez en pince pour Paul dont elle avoue avoir été amoureuse. C'est là que la critique du statut social apparaît. Inez semble être en totale admiration face à Paul qui malgré son éducation commet des erreurs de taille en matière d'art. Inez et sa famille accordent beaucoup d'importance aux apparences. Toujours bien habillées, elles ont des goûts de luxe. Et c'est ce que l'on voit lorsque Gil se retrouve avec elles chez un antiquaire qui propose une chaise à 18 000 $. La mère d'Inez lance alors à Gil un « cheap is cheap », phrase qu'elle réitérera.

Enfin, Inez et ses parents se croient supérieurs aux autres grâce à leur statut social élevé. Inez accuse immédiatement la femme de chambre pour le vol des boucles d'oreilles alors que le spectateur sait que c'est Gil qui les a dérobé afin de les offrir à Adriana. Gil qui connaît la vérité défend alors la femme de chambre et se fait traiter de communiste, une insulte capitale venant d'un républicain américain.

Mais que dire de Gil qui mène une double vie ? La journée il fuit sa fiancée. Le soir, il revit et s'éprend même d'une autre femme Adriana. Conscient de cette double vie comme un homme qui entretiendrait deux ménages, il préfère l'honnêteté et rompt avec sa fiancée.

Minuit à Paris

Abuser de leur statut social n'est pas le seul défaut d'Inez et de ses parents. Ils vont aussi se montrer particulièrement énervants pour des raisons que nous allons développer. En opposition totale avec le goût de Gil pour la simplicité, ils vont créer un microcosme américain au cœur de Paris. Ni Inez, ni ses parents, ni même Paul ne s'intéressent sincèrement à Paris, cette ville construite comme une œuvre d'art pour Gil. A Versailles, Inez et ses amis ne prennent même pas le temps de regarder ce qui les entoure. Tous boivent les paroles de Paul qui s'intéresse un minimum à Paris afin de pouvoir briller en société. Alors que la France est réputée pour ses vins, le père d'Inez s'exclame qu'il achète toujours du vin californien où qu'il soit, y compris à Paris. Bref, ils manquent cruellement de sincérité. Ils s'opposent ainsi à Gil qui lui n'hésite pas à dire ce qu'il pense même sur des sujets sensibles. C'est Gil qui décide de rompre son engagement avec sa fiancée car il pense sincèrement qu'ils ne sont pas faits l'un pour l'autre. Sa sincérité ressort d'autant plus que Inez, sa fiancée est malhonnête. Elle le trompe ouvertement avec Paul mais ne renonce pas au mariage. Enfin, les parents d'Inez se taisent la plupart du temps mais ne pensent pas le plus grand bien de Gil. Le père d'Inez n 'hésite pas à engager un détective privé pour faire suivre Gil.

Minuit à Paris

Gil a beau être un nostalgique, le passé surgit seul à travers des objets : les disques de Cole Porter au marché aux puces, les livres aux bouquinistes qui longent la Seine, et les monuments historiques qui portent en eux les germes du passé. Ils sont un lien permanent entre le passé et le présent.

Ce lien entre le passé et le présent porté par des objets est dévoilé lorsque Gil achète un livre en français et le fait traduire par la guide du musée Rodin. Gil apprend alors qu'Adriana a rêvé de lui, lui offrant des boucles d'oreilles. Gil va donc décider de lui offrir ce bijou. Pouvons nous changer le passé ? A en croire Woody Allen, ce serait possible.

Minuit à Paris

Le voyage temporel de Gil est particulièrement intéressant. Le choix des années 1920, les « Roaring twenties », cet âge d'or des artistes est judicieux car il permet au réalisateur de multiplier les apparitions d'illustres personnages, parfaitement reconstitués. Les références artistiques et historiques sont autant d'éléments qui montrent le soin accordé à la reconstitution. Par exemple, lorsque Gil donne l'idée d'un film à Bunuel vers la fin du film, le spectateur qui connaît l'œuvre du réalisateur espagnol sait que Gil fait en fait référence à L'ange exterminateur réalisé en 1962.

On l'a bien compris, si Gil retourne dans les années 1920, c'est parce qu'elles représentent pour lui l'âge d'or parfait auquel il aurait aimé vivre. Ce sont les artistes de cette période qui l'inspirent.

L'histoire d'Adriana apporte un élément intéressant dans le rapport de l'homme à son époque. Adriana qui vient des années 1920 rêve de vivre au temps de la Belle Époque. Et son rêve se réalisera. Gauguin et Degas croisés à l'époque de la Belle Époque eux rêvent de la Révolution. Bref, tous sont d'éternels insatisfaits, mal dans leur époque et nostalgiques d'une époque qu'ils n'ont pas connu. Le voyage permet à Gil d'avancer car il rencontre des personnes comme lui qui pensent que c'était mieux avant. On est tous nostalgiques d'une époque que l'on n'a parfois pas connu. Par exemple, de nos jours, nombreux sont ceux qui vouent un culte aux années 1950, 1960 et 1970.

Un mot revient dans le film pour qualifier cette nostalgie : le déni. Rêver d'avant c'est un moyen de fuir le présent.

Grâce à ce voyage, le personnage de Gil évolue considérablement. Au début, il est coincé dans le passé. A la fin, il décide d'aller de l'avant. Après sa rupture, il n'a plus peur de l'avenir. Il dit même à Adriana de ne pas aller vivre au temps de la Belle Époque. Il semblerait donc que l'homme ne prenne pas conscience du côté positif de son époque et se focalise uniquement sur les points noirs.

La relation de Gil et d'Inez est d'ailleurs assez représentative de cet attachement au passé. Gil et Inez ont sans doute été heureux ensemble mais ils ne sont pas faits l'un pour l'autre. C'est justement ce qu'Inez renie. Bien qu'elle trompe Gil avec Paul, elle ne renonce pas au mariage en souvenir du passé. Le mariage est une projection dans le futur. Et ce futur semble très incertain pour Gil et Inez. La question du lieu où le couple vivra après le mariage divise le couple et est le premier signe que leur histoire prend l'eau. Enfin, la rencontre de Gil avec le couple Fitzgerald qui n'a pas réussi son mariage à cause de l'alcool et de la maladie mentale de Zelda peut être perçue comme un miroir reflétant le futur de Gil et Inez. Notons également que le voyage est pour Gil une expérience qu'il doit affronter seul, car il ne parvient pas à faire entrer sa fiancée dans cet univers. Ce voyage qui révèle à Gil sa personnalité et ses sentiments lui permet de rencontrer Gabrielle, une jeune femme de son époque et qui lui ressemble. Tous deux passionnés par le Paris des années 1920, ils pourront main dans la main marcher sous la pluie parce que c'est tellement plus romantique.

Minuit à Paris
Zelda Fitzgerald en vrai et dans le film, Salvador Dali en vrai et dans le film, Ernest Hemingway en vrai et dans le film et Francis Scott Fitzgerald en vrai et dans le film.

Ce voyage dans le temps permet à Gil de rencontrer ses idoles qui l'inspirent. Mais sa rencontre avec Adriana, représentant toutes les muses des peintres est aussi une muse pour Gil. Gil n'est en effet pas du tout inspiré par sa future épouse. Gil semble d'ailleurs inspiré par son voyage temporel puisqu'il flatte la beauté d'Adriana et parvient enfin à écrire son roman.

Minuit à Paris

Durant une bonne partie du film, le spectateur se demande si ce voyage temporel n'est pas le fruit de l'imagination de Gil. La vieille Peugeot faisant le lien entre les époques serait alors la porte d'entrée dans le passé. Mais est ce seulement réel ? La scène montrant le détective Tisserant, perdu à Versailles au temps de Louis XIV met fin à toutes nos interrogations. Tout est réel.

Enfin, la question de la postérité de l'art posée par Hemingway, Fitzgerald et Toulouse-Lautrec eux mêmes est également posée par le film par le biais des influences qui persistent à travers les âges sur les artistes à venir.

Minuit à Paris

Concluons sur l'interprétation des acteurs qui sont tous absolument parfaits. Owen Wilson trouve dans Minuit à Paris son plus beau rôle, un rôle sérieux et drôle à la fois et enfin à la hauteur de son talent. Adrien Brody campe un Dali exceptionnel, tout comme Corey Stroll campe un Hemingway parfait. Alison Pill et Tom Hiddleston, qui incarnent le couple Fitzgerald ne sont pas en reste. Quant à Carla Bruni, dont on attendait tous l'interprétation, elle s'en sort très bien et incarne à merveille la guide du musée Rodin.

Erin

Critique :

C'est, selon moi, le meilleur film de Woody Allen depuis Match Point (et oui, ce film commence à dater). Quelle agréable surprise ! Le réalisateur de Annie Hall et Manhattan signe ici un film agréablement drôle, poétique, léger, charmant, élégant, touchant et un peu fou. Il nous offre ici une magnifique déclaration d'amour à Paris, qui est d'ailleurs sublimement filmé, avec son regard de touriste américain, c'est très beau à voir. Il nous donne également une intelligente réflexion sur l'amour mais aussi sur le temps (passé ou présent) ou encore sur l'art. Avec sa dimension fantastique, ce Minuit à Paris peut nous faire rappeler un autre excellent film de Woody Allen : La Rose Pourpre du Caire. Le scénario est particulièrement brillant et la mise en scène est excellente. Les acteurs sont également excellents, en particulier Owen Wilson, qui nous livre ici une de ses meilleures performances.

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :