Réalisé par : Anh Hung Tran
Avec : Kenichi Matsuyama, Rinko Kikuchi, Kiko Mizuhara, Tetsuji Tamayama, Kengo Kôra, Reika Kirishima
Sur un scénario de : Anh Hung Tran avec une musique de : Jonny Greenwood
Genre : Drame
Film Japonais réalisé en 2010

 

 

Synopsis du film :
Tokyo, fin des années 60. Kizuki, le meilleur ami de Watanabe, s'est suicidé. Watanabe quitte alors Kobe et s'installe à Tokyo pour commencer ses études universitaires. Alors qu'un peu partout, les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est, elle aussi, bouleversée quand il retrouve Naoko, ancienne petite amie de Kizuki. Fragile et repliée sur elle-même, Naoko n'a pas encore surmonté la mort de Kizuki. Watanabe et Naoko passent les dimanches ensemble et le soir de l'anniversaire des 20 ans de Naoko, ils font l'amour. Mais le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces. Watanabe semble alors mettre sa vie en suspension depuis la perte inexplicable de ce premier amour. Lorsqu'enfin il reçoit une lettre de Naoko, il vient à peine de rencontrer Midori, belle, drôle et vive qui ne demande qu'à lui offrir son amour.

 
 

Analyse de film :

Critique :

I once had a girl, or should I say, she once had me...
She showed me her room, isn't it good, norwegian wood?

She asked me to stay and she told me to sit anywhere,
So I looked around and I noticed there wasn't a chair

I sat on a rug, biding my time, drinking her wine
We talked until two and then she said, "It's time for bed"

She told me she worked in the morning and started to laugh.
I told her I didn't and crawled off to sleep in the bath

And when I awoke, I was alone, this bird had flown
So I lit a fire, isn't it good, norwegian wood.

Norwegian Wood par The Beatles

Dès le début, une voix-off est insérée, et cela aurait pu être vraiment très intéressant si elle n'avait pas été oubliée en cours de route. Mais cet élément n'est pas le seul à s'estomper pour finalement disparaître. C'est aussi le cas du contexte de révolution étudiante, qui n'est finalement jamais exploité. L'histoire est racontée du point de vue de Watanabe. Sa passivité et son attitude contemplative face aux évènements qui se déroulent sont d'autant plus pénibles qu'elles accentuent la lenteur déjà trop pesante que le spectateur doit subir.

La Ballade de l'Impossible

Le film s'étire en longueur. Ainsi, il faut une heure avant que l'intrigue soit vraiment révélée : Naoko ne supporte pas la mort de son ami Kizuki, qui s'est suicidé parce qu'elle et lui n'arrivaient pas à avoir de rapport sexuel. Bien qu'il soit difficile de reprocher au film son histoire car cette dernière est adaptée du roman de Haruki Murakami, l'intrigue peut quand même paraître bien mince. Il faut encore attendre un peu avant que Midori, jeune fille pétillante apparaisse et avec elle, le dilemme auquel Watanabe sera confronté. Doit-il devenir adulte et s'accrocher à Naoko, qui de toute évidence ne s'en sortira pas ? Ou doit-il enfin vivre pour lui-même et vivre son histoire avec Midori ?
L'on aurait pu comprendre le dilemme de Watanabe partagé entre responsabilité de s'occuper de Naoko dont il a été amoureux et l'amour naissant pour Midori. Le problème c'est que le jeune homme ne semble pas vraiment être tiraillé entre amour et désir lorsqu'il sort avec son ami Nagawase et couche avec une ribambelle de filles.
Bref, aucune différence n'est faite entre amour et désir, et cette association est d'autant plus absurde, nuisible et naïve qu'elle n'est même pas au centre de quelques réflexions.

La Ballade de l'Impossible

La question de la sexualité qui est centrale dans le film est assez malsaine il faut bien l'avouer. C'est ce que montre cette association entre le sexe et la mort. Ainsi, Kizuki s'est suicidé parce que sa copine n'arrivait pas à avoir de rapport sexuel avec lui. Naoko qui n'a éprouvé qu'une fois physiquement son désir, culpabilise d'avoir fait l'amour avec un homme qu'elle n'aime pas et de ne pas y être parvenue avec l'homme qu'elle aimait. Bref, l'on voit là qu'amour et désir sont deux choses bien différentes mais cette question ne sera plus exploitée. De plus, Naoko ne semble plus pouvoir faire l'amour avec la personne aimée, ce qui est assez étrange. Après le suicide de Naoko, la seule chose que Rinko et Watanabe arrive à faire c'est faire l'amour. Pourtant, les circonstances ne s'y prêtent pas vraiment.
Ne parlons même pas de l'aspect poétique que Naoko met en parlant de ses problèmes sexuels et répétant des dizaines de fois qu'elle n'arrive pas à mouiller, ni de ses propositions indécentes et très délicates du genre : "tu veux que je te soulage ? "


La Ballade de l'Impossible

Le film pose la question de grandir. Naoko en parle lors de son vingtième anniversaire. Elle ne veut pas devenir une adulte. Elle préfère se contenter de faire des allers-retours entre 18 et 19 ans. Ce thème est quasiment totalement oublié pendant tout le film bien qu'il se termine en concluant que Kizuki aura 17 ans pour toujours, tout comme Naoko aura 21 ans.

La Ballade de l'Impossible

L'immobilisme et la passivité des personnages ne permettent pas de questionner les questions complexes qui entourent l'être humain. La Ballade de l'impossible offre une esthétique sublime mais qui ne sert malheureusement pas le récit. Il n'y a rien à redire sur la photographie ni sur la musique. La musique est d'ailleurs sans aucun doute le seul véritable intérêt de ce film. En effet, la bande son signée par Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead, permet d'exprimer les sentiments de ces personnages si froids qu'on pourrait les prendre pour morts.

Erin

Critique :

Je n'ai vu qu'un film de Tran Anh Hung, L'odeur de la papaye verte, qui m'avait agréablement surprise. C'est pour cela que j'étais très curieuse de découvrir son nouveau film, Norwegian Wood (ou en français La Ballade de l'impossible), tiré d'un roman à succès. Norwegian Wood est également une chanson des Beatles, histoire de situer l'époque (et a aussi un rapport avec ce qui se passe dans le film). Pourtant, je suis sortie de la salle extrêmement déçue. Il y avait pas mal d'ingrédients pour en faire un très beau film. Au final, on s'aperçoit que la magie et la poésie ne résident que dans de belles images (en effet, il faut tout de même souligner la splendide photographie, et de très beaux plans). Le fait de parler de sexe de manière aussi crue joue à mon avis pas mal. Je savais qu'il y aurait pas mal de scènes érotiques, qui ne m'ont pas gêné. Par contre, le manque de subtilité dans les dialogues (certains m'ont même fait rire alors qu'ils étaient dans des scènes qui étaient censés être intenses) et le fond même du film ne m'ont guère plu. En guidant son film de cette manière, on a du mal à y avoir un brin d'amour dans ce film. Pourtant, les thèmes du film (amour, sexe, deuil) sont intéressants, et j'ai senti, par certains moments, de bonnes intentions, et où parfois le réalisateur veut en venir (surtout dans la scène avec la petite amie du pote obsédé de Watanabe). Mais on reste quand même embarrassé du résultat. Finalement, toutes les scènes d'action du film résident tout le temps autour de la sexualité, ça devient même très répétitif et assez lourdingue. Y a t-il une place pour l'amour ? Le réalisateur nous montre que oui et pourtant, je n'ai pas du tout été sensible par ce sentiment, trop gâché par l'autre. Il y a un problème d'équilibre entre l'amour et le sexe. A force d'oublier les barrières entre ces deux éléments, on se focalise trop sur un, et on oublie l'autre, peut-être le plus intéressant et surtout le plus émouvant.

La Ballade de l'Impossible

Mais surtout, le véritable reproche que l'on peut faire au film (et, en écoutant les conversations en sortant de la salle, je me suis aperçue que je n'étais pas la seule à le penser), c'est que c'est très long et très ennuyant ! 2h13 pour raconter pas grand-chose. Le film est construit vraiment bizarrement. En effet, par exemple, en 5 minutes, on voit les trois personnages, on retient à peine leur prénom, leur visage et on voit le suicide du pote de Watanabe. 5 minutes après, Watanabe rencontre Naoko. Au début, j'étais pas sûre que c'était bien elle, puisqu'on ne la presque pas vu ! Après, pendant quand même 1 heure, on se demande quand même pourquoi il s'est suicidé. Au bout de cette heure, lors d'une scène vraiment ridicule (mais pourquoi courent-ils dans les champs ? Est-ce un hommage à La Petite Maison dans la Prairie ?), on sait enfin pourquoi, et la raison semble quand même légère ! Quant à la fin, elle semble quand même prévisible dès le début.

La Ballade de l'Impossible

Les acteurs jouent plutôt correctement dans ce film, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas à côté de la plaque, mais il n'y a rien de transcendant. Le problème, c'est plutôt leurs personnages, pas attachants et pas vraiment intéressants. Par contre, je souligne quand même la musique de Jonny Greenwood (le guitariste de Radiohead, qui avait fait la BO de There Will Be Blood, absolument géniale), remarquable, très belle. Le film aurait dû être aussi émouvante que cette musique.

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :