Réalisé par : Martin Scorsese
Avec : Griffin Dunne, Rosanna Arquette, Verna Bloom, Linda Fiorentino, Catherine O'Hara
Sur un scénario de : Joseph Minion avec une musique de : Howard Shore
Genre : Comédie dramatique
Film Américain réalisé en 1985

 

 

Synopsis du film :
La nuit infernale d'un jeune informaticien, grand admirateur d'Henry Miller, dans le quartier bohème de Soho, a New York...

 
 

Analyse de film :

Critique analytique :

After Hours n'est pas le film de Scorsese le plus connu et pourtant c'est un véritable trésor.
Paul, un jeune homme tout ce qu'il y a de plus banal, se retrouve pour une nuit en Enfer.
L'on comprend rapidement que Paul est un homme frustré qui se précipite sur Marcy, une jeune femme rencontrée dans un snack. S'ennuyant ferme chez lui, il décide d'appeler Marcy pour la rejoindre chez elle, histoire de passer une soirée plus amusante. Mais tout va dégénérer dès lors que son billet de 20 dollars s'envole par la fenêtre du taxi qui le conduit à Soho, comme si sans argent rien n'est réalisable. Alors qu'il comptait seulement passer une soirée tranquille avec une conquête d'un soir, le destin va s'acharner sur Paul.

After Hours

Paul va rencontrer Kiki, la colocataire de Marcy, une artiste au look provocateur qui pratique le collage. L'informaticien va être déconcerté par la découverte d'un livre sur les grands brûlés. Puis Marcy va lui raconter des épisodes troublants de sa vie. Mariée à un homme avec qui elle ne vit pas, elle a offert sa virginité à cet homme obsédé par le film Le Magicien d'Oz. Elle lui racontera par la suite, qu'elle a été abusée sexuellement et pendant six longues heures par son futur petit ami. Comme dans son premier film Who's that knocking at my door ?, Scorsese aborde le thème de la virginité et du viol. Comparée à Dorothy du Magicien d'Oz, Marcy a pourtant perdu son innocence et sa virginité.
Paul prend la fuite lorsqu'il croit apercevoir des cicatrices sur le corps de Marcy. Dans ce sens, elles sont associées à la peur du sexe féminin. La marque de griffure que Paul croit voir sur les cuisses de Marcy se révèle en fait être un tatouage, tout de même associé à la mort puisqu'il s'agit d'une tête de mort.  Il se dirige vers le métro. Mais le tarif de nuit a augmenté et il n'a pas assez d'argent pour se payer un ticket. Coincé, Paul se rend dans un bar et expose son problème à Tom, le barman. Sympathique, ce dernier lui propose de lui offrir de quoi rentrer chez lui mais la caisse enregistreuse fait des siennes et envoie Paul chercher les clés chez lui. Mais Tom n'est pas très sûr. N'est ce pas une ruse de Paul pour le cambrioler ? Après tout, le quartier a déjà été de nombreuses fois cambriolé. Paul va donc tenter de convaincre Tom de son honnêteté. Tom lui confie finalement les clés de son appartement. Mais Paul est surpris par deux locataires de l'immeuble, à cran qui comptent bien en finir avec ces cambriolages. Le cauchemar ne fait que commencer pour Paul.

After Hours

En retournant au bar, il croise des cambrioleurs avec l'une des œuvres de Kiki, la colocataire de Marcy. Pris de panique, Paul retourne alors chez les jeunes femmes et découvre Kiki attachée à un pilier. Il la détache en pensant qu'elle a été la victime des cambrioleurs mais un homme surgit bientôt du fond de la pièce, nous révélant en fait qu'elle et cet homme s'apprêtaient à se livrer à une partie de jambes en l'air sado-masochiste.
Mais le véritable drame s'est déroulé dans la pièce à côté : Marcy a mis fin à ses jours. Et Paul se sent responsable de sa mort. La culpabilité est l'un des thèmes phares du film.
Se rendant compte que la situation dégénère, Paul cherche à en finir et retourne au bar pour rendre les clés à Tom qui n'est plus là. Voulant lui rendre à tout prix les clés, Paul se met à le chercher et retourne à son appartement. Mais les locataires de l'immeuble pense qu'il est responsable des récents cambriolages. Et tout va dramatiquement s'accélérer. Il sera bientôt rechercher par les gens du quartier. Et les éléments anodins tels que le portrait dessiné par Julie la serveuse vont jouer un rôle. Ce simple portrait est transformé en avis de recherche. Il trouve refuge auprès d'un homosexuel refoulé prêt à sauter le pas avec lui. Tout semble donc se liguer contre Paul. C'est June, une artiste qui va lui sauver la vie en la transformant en statue. Comme s'il avait trouvé le salut grâce à l'art. L'art, pourtant salvateur, est aussi associé au danger. Les artistes apparaissent comme sado-masochistes.

After Hours

La dernière scène du cauchemar se passe dans un sous-sol, ce qui peut faire penser à une descente aux Enfers. L'on connaît l'influence chrétienne sur l'œuvre du cinéaste d'origine sicilienne et l'on a l'impression que ce cauchemar est une sorte de mise à l'œuvre, de punition divine car Paul a pêché. Il a menti sur ses raisons pour se rendre à Soho, et il se ment à lui-même. Il est temps pour lui de faire face à ses peurs et à sa frustration. Paul est conscient de cet aspect divin : "Dois-je mourir pour autant ?

L'action se déroule uniquement la nuit. Cela révèle deux choses. Tout d'abord, la nuit est utilisée de manière classique, le danger est accru par l'obscurité. Comme Scorsese le confie dans un entretien avec Michel Ciment pour le Positif n°170 (Juin 1975), le sentiment d'insécurité permet au personnage de se poser des questions sur sa virilité.
La nuit peut aussi faire penser que cette farce n'était en fait qu'un rêve, ou plutôt un cauchemar tout droit sorti de l'esprit de Paul, une sorte de projection du subconscient de cet informaticien frustré.
C'est ce que confirme le réalisateur dans Into the Night n°383-384, Mai 1986 "C'était là l'idée : transporter les gens au delà du réel, dans une situation proche du rêve, et le faire d'une manière tout à fait réaliste".
La nuit de Paul dans After Hours est une représentation de son impuissance. C'est d'ailleurs ce que montre un graffiti dans les toilettes : un requin dévorant le pénis d'un homme. En effet, tout au long de la soirée, Paul va rencontrer de nombreuses femmes mais aucune ne lui convient et il finira aussi seul qu'au début. 

After Hours

Il n'est pas anodin que Paul soit informaticien. En informatique, tout est calculé et programmé. Or, lors de cette soirée Paul a perdu tout contrôle de la situation. Dans ce sens, cette soirée est l'exact contraire de son quotidien. C'est dans cet objectif que Paul est déposé devant son travail après cette nuit de galère.

Grand cinéphile, Scorsese est parvenu à mélanger plusieurs genres : "la comédie loufoque, le film noir, les histoires de la maison hantée". C'est d'ailleurs ce qu'il confie à Positif dans le numéro 170, de Juin 1975.
Le réalisateur joue avec l'humour noir. Bien que Paul passe une nuit cauchemardesque, la situation prête à rire. Paul aurait très bien pu essayer de rentrer à pied chez lui mais non il préfère subir son châtiment.
After Hours apparaît aussi comme une critique de la société, décrite comme matérialiste, surconsommatrice et loin des valeurs religieuses et spirituelles.

Erin

Critique :

Très surprenant ce Scorsese. D'accord ce n'est pas un Taxi Driver, un Raging Bull ou Les Affranchis, mais je le classerai facilement dans les "cultes".
La situation est assez cocasse, délicate, drôle, génante et pitoyable à la fois. On voit ce simple type qui bosse  dur et qui veut juste s'amuser un soir avec une fille... Mais cette nuit qui devrait être super va s'annoncer longue et dure... Beaucoup de personnages, tous fêlés, veulent éliminer Paul, que ce soit volontaire ou non... Ce n'est pas forcément hilarant mais oui, cocasse. Les quiproquos et la paranoïa sont les quelques raisons qui ont permis de pourrir la soirée. La vie de cette homme est sans surprises, bien réglée mais un jour il y a un bug. Un peu comme les ordinateurs. Ce serait d'après un site une critique sur l'Amérique au temps de Reagan...

After Hours

Les 30 premières minutes sont un peu longuettes mais après ca s'enchaine grave ! Dans ce film rien n'est du hasard... Et la fin tue !!
C'est bête mais je l'ai trouvé dans la lignée d'un Taxi Driver (à part qu'on a pas un De Niro et que c'est moins noir)... En tout cas, il y a la patte Scorsese, ca c'est sur !
En tout cas, une bonne surprise !! Ce film pas très connu de Scorsese mérite d'être vu !!

Tinalakiller

 
 
 

Photos du film :